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jeudi 28 mai 2026

Mai - Juin

 


🌿📜 Redécouverte d’un charmant poème anonyme de 1884 : Mai - Juin.

Entre prairie ensoleillée, arbre de Mai, pique-nique champêtre et chansons légères, ce texte nous entraîne dans une douce promenade au cœur d’un printemps d’autrefois… celui des livres illustrés, des robes à rubans et des après-midis sous les saules. 🌸🧺

J’ai eu le plaisir de mettre ces vers anciens en musique dans une ambiance vintage inspirée de la fin du XIXe siècle, comme une petite romance oubliée retrouvée au fond d’un vieux carton à partitions.

Fermez les yeux un instant… 🎶🍃

 

Mai - Juin

Dans la prairie ensoleillée
Le beau mois de Mai s’est assis ;
Nulle tristesse et nuls soucis
Ne troublent sa mine éveillée.

L’herbe tendre naît sous ses pas ;
Les chansons naissent sur sa bouche ;
Il change en fleurs tout ce qu’il touche ;
Il prodigue et ne compte pas.

Tandis que les bergers en ronde
Vont entourer l’arbre de Mai,
Un pique-nique s’est formé,
Le plus appétissant du monde.

On mange, on festine suivant,
En plein air, sous les saules grêles,
Sans éprouver d’étonnement
Si l’on boit quelques sauterelles.

 


 

mardi 21 avril 2026

Flûte traversière - René d'Avril

Carte postale 1902 - Illustrateur André Dupuis

René d'Avril (1875-1966)

 


 

Flûte traversière

Dans un écrin de verdure et de murmures délicats, cette romance nous entraîne au cœur d’un rêve suspendu…

Entre chants d’oiseaux, frémissements de feuilles et souffle invisible d’un musicien mystérieux, la flûte devient ici messagère d’un amour furtif, presque irréel. Les papillons eux-mêmes semblent s’arrêter pour écouter…

🎼 Une poésie sensible et évocatrice, signée René d’Avril, où la nature et le sentiment se confondent en un doux mirage.

Fermez les yeux… et laissez-vous porter par ce souffle venu du bois chenu. 🌳🦋

 




vendredi 20 mars 2026

Printemps - Jean-Émile Schneider

 



PRINTEMPS 

A la joie, au plaisir le beau temps nous convie ! 
Le soleil au ciel bleu sourit superbe et grand ; 
L’air est calme, muet, léger et transparent 
Et la terre à l’amour paraît être asservie, 

O ciel !  en flots d’argent laisse tomber la vie ! 
Tandis que sous les bois passe un souffle mourant 
Des dernières rigueurs de l’hiver délirant, 
Étale les splendeurs que la terre t’envie ! 

Pendant que le soleil de ses rayons nouveaux 
Fait renaître les fleurs, les jeux et les travaux, 
Ne puise plus, mon cœur, aux pages d’un vieux livre 

Pour oublier tes maux et pour te consoler ; 
Mais recherche l’amour et l’ivresse de vivre 
Heureux comme un oiseau qui commence à voler ! 

Jean-Émile SCHNEIDER 

Source BnF Gallica : l'Émulation française 1er mai 1929

 


 

samedi 22 novembre 2025

Sainte Cécile - René d'Avril

 

Carte postale 1902 - Illustrateur André Dupuis 

René d'Avril (1875-1966)

 

Dame la sainte au clair visage,
Jouez emmi les angelots
Berceuse calme sur les flots :
Charme du soir tourne la page.

Gens près de vous tiennent rebec,
Aucuns doucine, aucuns doucaine ;
Fois grattent luth au col d’ébène
Tympanon bruict son clair bruict sec.

Hé, faictes-vous ley musique
Pour ce qu’êtes en Paradis,
Où sommes-nous en Paradis
Pourceque vous jouez musique ?

 

 





vendredi 7 novembre 2025

A la chanson - Camille Ravet

 


A LA CHANSON 

Reviens, Chanson, ensoleiller la vie ! 
Reviens bercer l’idéal de nos cœurs ! 
Toi seule sais rester la douce amie, 
Fidèle même en nos jours de douleurs. 
Tous tes accents ont un charme suprême 
Lorsque, vibrants, ils résonnent soudain. 
Et si chacun très sincèrement t’aime 
C’est que tu sais maîtriser le destin. 

A l’incompris viens chanter l'espérance 
Pour éclairer ses sombres lendemains. 
Tu peux lui faire oublier sa souffrance 
En dissipant l'ombre sur ses chemins. 
L’unique but du plus humble poète 
Est de semer mille fleurs sous nos pas. 
Au nom du ciel ne reste point muette 
Quand tant de maux nous guettent ici-bas. 

Combien de fois la romance plaintive 
Sut ranimer notre cerveau meurtri ! 
Elle distrait, elle entraîne et captive 
Par la candeur d’un soupir attendri. 
Notre âme alors sent repousser ses ailes 
Pour s’élever au pays du rêveur, 
Voir les sommets aux neiges éternelles 
Où nous aimons rêver avec ferveur. 

C’est en chantant l’illustre Marseillaise 
Que nous avons détrôné les tyrans. 
Grâce aux accents d’une chanson française 
On nous a vu vaincre les conquérants. 
Quand les canons faisaient trembler la terre, 
Prêts à broyer le rêve en qui l’on croit, 
La Marseillaise, ultime cri de guerre, 
Fit triompher la Vaillance et le Droit. 

Camille RAVET 

Source BnF Gallica : l'Émulation française 1er janvier 1924

 


 

dimanche 26 octobre 2025

Sur l'épinette - René Derville

 


 

SUR L'ÉPINETTE

Sur l'épinette, vos mains frêles 
Aux doigts pâles, amenuisés, 
Ressuscitent les échos grêles 
De très vieux airs cristallisés. 

Oh, la ritournelle fêlée 
Des vieilles chansons d'autrefois 
Dont l'âme tendre si esseulée 
Palpite encore sous vos doigts. 

Oh, les paroles surannées, 
Simples comme un air de flûteau, 
Au parfum de roses fanées, 
Couleur pou de soie et Watteau. 

Et ces refrains d'un autre monde 
Revenus on ne sait trop d'où, 
Que vos belles mains vagabondes 
Réveillent d'un geste très doux. 

Toutes ces notes inconnues — 
Comme des amis de retour — 
Se pressent, vivent et menues, 
En leurs plus séduisants atours, 

Sur l'épinette où vos mains frêles 
Aux doigts pâles, amenuisés, 
Ressuscitent les échos grêles 
De très vieux airs cristallisés. 

René DERVILLE 

Source BnF-Gallica: Poésie - Cahiers mensuels illustrés - 1er janvier 1928 

 


 

dimanche 19 octobre 2025

Fin d'Office - Alexthi


 

FIN D'OFFICE 

De l’imposante église, où vibrent les accents 
De l’orgue harmonieux modulant les prières, 
Où floconnent légers, les nuages d’encens 
Atténuant l’éclat des ors et des lumières, 
Les fidèles s’en vont. — L'office est terminé, 
Et seul un miséreux, lamentable, débile, 
L’œil fixé sur l’autel encor illuminé, 
Ne semble pas vouloir quitter le Saint Asile. 
Un invincible attrait le retient là, songeur !... 
La suave harmonie en berçant sa douleur 
Lui fait-elle revivre un souvenir d’enfance ? 
Peut-être espère-t-il la fin de sa souffrance? 
Se voit-il tout puissant pour une éternité ?... 

L’ombre envahit le temple et dans l’obscurité 
L’orgue finit son chant ainsi qu’un doux murmure, 
La voix du sacristain annonce la clôture... 
Le miséreux tressaille et le charme est détruit !... 

Transi sous ses haillons, ombre vague, il s’enfuit, 
Sans logis et sans pain dans le soir qui s’achève, 
Navré de voir si tôt s’envoler un beau rêve !... 

ALEXTHI (1912) 

Source BnF - Gallica : l'Émulation française 1er novembre 1912

 


 

vendredi 17 octobre 2025

Quand nous serons très vieux - Pierre Davril

 

QUAND NOUS SERONS TRÈS VIEUX

Quand nous serons très vieux, et que nos destinées 
Auront doublé l’écueil des rêves dangereux, 
Nous ouvrirons sans peur les portes condamnées 
Sur la chère prison des souvenirs heureux. 

Aux doux sons des hautbois, en effeuillant des roses. 
Tels des enfants divins venus pour nous charmer, 
Joyeux, ils chanteront en des apothéoses, 
Le vieux thème ayant pour refrain le verbe aimer. 

Alors nous reverrons nos douleurs, nos détresses. 
Au rythme des sanglots de nos cœurs déchirés. 
L’appel délicieux d’indicibles tendresses, 
Les silences troublants, les aveux ignorés. 

Nous sentirons vibrer, comme jadis, les ailes 
Du songe audacieux qui nous donna l'essor. 
Tandis que nos regards et nos lèvres fidèles 
Garderont leur secret dans le passé qui dort. 

Et nous tressaillirons aux strophes toujours neuves 
De l'amour, enchanteur merveilleux et cruel ; 
Un clair réveil viendra rire en nos âmes, veuves 
D’un bonheur évadé du seuil de l’irréel. 

Puis, unissant nos mains tremblantes, sans blasphème. 
Comme pour un serment grave et mystérieux. 
Nous saurons mieux porter la blessure suprême 
Quand sonnera le glas de nos derniers adieux.  

Pierre DAVRIL

Source BnF Gallica : l'Émulation française 1er mai 1929

 


 

lundi 13 octobre 2025

Le Sonnet à Euterpe - Marie-Louise Dromart


LE SONNET A EUTERPE

Non contente d'avoir cueilli comme des fruits 
Les douze sons du vers que pour toi j’enguirlande. 
Je me rêve la voix du rossignol des nuits,
Euterpe ! pour te faire à genoux mon offrande. 

Car, je voudrais pour toi ce qu’en vain je poursuis : 
Un chant qui n’eût point l’air d’être un chant de commande...
Ah ! que je ne puis-je hélas ! me tailler dans le buis, 
Une flûte aux échos d’avril et de légende !... 

Je te consacrerais cette flûte où mes doigts. 
Agiles messagers de mes fiévreux émois, 
Voltigeraient ainsi que des oiseaux d’aurore, 

Cette flûte où tiendrait le regret qui m’est cher, 
Où mon refrain fini, s’exhalerait encore 
Le parfum de mon cœur si fervemment amer !... 

Marie-Louise DROMART  

Source BnF Gallica: l’Émulation française 1er octobre 1912

 


 

vendredi 10 octobre 2025

Chant de cor en automne - Jacques Bouchonnet

 


CHANT DE COR EN AUTOMNE

Comme un sanglot montant de la forêt lointaine, 
On entend dans le soir, le son morne d’un cor, 
L’écho s’est répété sous un sombre décor 
A l'appel douloureux de cette voix hautaine. 

Que j’aime entendre seul cette plainte incertaine 
Et s’éteindre, et renaître, après un triste accord, 
Où le vallon désert semble redire encor 
Dans l’ombre où tout s’endort ce doux chant de fontaine. 

Quand s’étant révélé de rameaux en rameaux, 
Ce murmure d’airain a bercé les hameaux, 
L’horizon vaporeux possède d’autres charmes. 

L’oiseau ne chantait plus près de l’arbre béni... 
Mais le sol garde encor cette source d’alarmes, 
Et le cor en automne est un râle infini ! 

Jacques BOUCHONNET

Source BnF Gallica - l'Émulation française 1er mars 1929 

 


 

mercredi 1 octobre 2025

Mélancolie d'automne - Marie-Josèphe Chauvel

 


 

MÉLANCOLIE D'AUTOMNE 

L’automne sympathise à ma douleur intime, 
L’automne désolé pleure par les chemins 
Tordant ses bras noueux ainsi qu’une victime 
Qui dans l’angoisse attend de tristes lendemains. 

Déjà l’horizon noir annonce la tempête. 
L’automne épouvanté pousse un profond soupir ; 
Et les dernières fleurs soudain penchent la tête. 
Sous le baiser du vent elles semblent mourir. 

Tout parle de regret, tout gémit de détresse : 
Les feuilles sur le sol font des taches de sang. 
Tout nous parle de mort, de pleurs et de tristesse. 
Le soleil moribond se cache en pâlissant. 

Hélas ! l’hiver arrive avec son froid cortège, 
Déjà l’oiseau s’attriste et tait son doux refrain, 
Cette saison dérobe en son linceul de neige 
Les bons grains de millet et les débris de pain. 

En songeant à l’hiver mon âme se lamente ; 
A l’hiver toujours long, si morne et si dolant ! 
Ô nature, avec toi la douleur me tourmente 
Et ma plainte se mêle à l’orgue du grand vent. 

Mes rêves maintenant comme les feuilles mortes 
Tombent en tournoyant, gémissant sous mes pas. 
Dans mon esprit déçu que de tristes cohortes... 
Hélas ! rêves et fleurs, tout se fane si bas ! 

Marie-Josèphe CHAUVEL

Source BnF Gallica : l'Émulation française 1er juillet 1929 

 


 

mardi 30 septembre 2025

Drapeau de France - A.M. Benoit

 


 

DRAPEAU DE FRANCE

Le bleu, c'était jadis la couleur de nos rois ; 
Sur velours troué d’or il parlait de franchise, 
De valeur, d’esprits fiers, et puis de chemins droits ; 
En bannière il semait partout la vaillantise. 

Le blanc, c’est le miroir des âmes de cristal ; 
La pâleur des lys francs en a tissé la soie ; 
Plus pur que l’eau de source et plus fort qu’un métal. 
Pour l’honneur il crie haut : St Denis et Montjoie ! 

Le rouge sera, lui, toujours, des cœurs ardents 
L’emblème qui se teinte au sang clair des blessures, 
Car, lorsqu’on aime on souffre, et les moins imprudents, 
Eux-mêmes, du combat, savent les meurtrissures... 

C’est ainsi que la France a choisi ses couleurs, 
Pour mettre en son drapeau le trésor séculaire 
Des vertus que ses fils, sans cesse, ont faites leurs : 
Foi, loyauté, bravoure et mépris du salaire.

A.M. BENOIT  

Source BnF Gallica : l'Émulation française 1er mars 1929

 

 



lundi 29 septembre 2025

Cloches - Prosper Gien

 


CLOCHES 

Il a commencé là, tout proche,
Par un long trille gracieux,
Et l’on juge délicieux
Ce monastique son de cloche.

L’écho, sur les croupes de roche,
Semble le rendre plus joyeux ;
Il a commencé là, tout proche
Par un long trille gracieux.

Le vent destructeur effiloche,
De son grand souffle vicieux
Pour le faire aller jusqu’aux cieux,
Ce religieux son de cloche
Ayant commencé là, tout proche.

Prosper GIEN

Source BnF Gallica : l'Émulation française 1er mars 1929 

 


 

vendredi 19 septembre 2025

Clair de Lune - Alexandre Parrat

 


CLAIR DE LUNE

La lune, blonde et pâle, éclaire l’ombre grise. 
Les amoureux s’en vont sous les cieux étoilés. 
Heureux du pur bonheur dont leur être est troublé 
Dans le ravissement qui le berce et le grise. 

L’obscurité les livre à sa tiède caresse. 
Son souffle imperceptible ensemble les confond. 
Et comme leur amour est immense et profond, 
Tout trahit la langueur de leur muette ivresse. 

Tout succombe au pouvoir d’un grand silence ami, 
Et le recueillement de la nuit solennelle 
En dépliant au ciel la voile de son aile. 
Fait resplendir la paix sur le monde endormi. 

Alexandre PARRAT

Source BnF Gallica : l'Émulation française 1er mars 1929

 


 

lundi 15 septembre 2025

Mon clocher natal - Joseph Serres

 


MON CLOCHER NATAL

Pâtre aux yeux vigilants, vaillante sentinelle, 
Veillant la nuit, le jour, un étrange troupeau ; 
Sachant le réveiller sans cor et sans pipeau 
Mais jouant sous l’azur divin ta ritournelle ; 

Phare au fanal éteint, ayant garde éternelle 
D’une mer où les bois sont des nefs au repos ; 
Tour où le carillon égrène à tout propos 
Quelque chanson plaintive, ou gaie ou solennelle. 

J’évoque loin de toi ton dôme gracieux 
Dont le sommet se tend comme un doigt vers les cieux, 
Et tes cloches fêtant quelque réjouissance. 

O mon clocher natal ! O toi qui dévoilas 
Aux anges qui passaient, en plein ciel, ma naissance, 
A l’heure de la mort, sonneras-tu mon glas ? 

Joseph SERRES (octobre 1929)

Source BnF Gallica : l'Émulation française 1er mai 1929

 


 

samedi 13 septembre 2025

L'Origine de la harpe - Joséphine Pascaud-Régnier

 


 

Traduction d’après Th. Moore.

 

L'ORIGINE DE LA HARPE

 

Sais-tu que cette harpe, éveillée à ma voix, 
Sirène, sur les flots, venait chanter parfois; 
Que triste elle espérait, lorsque le soir arrive, 
Voir celui qu’elle aimait, errer près de la rive ? 

Mais elle aimait en vain; les larmes de ses yeux 
Pendant toute la nuit mouillaient ses blonds cheveux. 
Le ciel enfin s’émut de sa douleur profonde. 
En harpe il transformait la sirène de l’onde. 

Sur ses lèvres errait son sourire charmant — 
Son cœur battait encore — et gracieusement 
Sa chevelure d’or sur ses bras épandue, 
En ces cordes bientôt se trouvait confondue. 

Cette harpe, dit-on, mêlait depuis ce jour, 
Aux chants de la douleur, le langage d’amour. 
C’est par toi qu’elle apprit à parler de tendresse 
Quand je suis avec toi — quand je pars, de tristesse.

 

Joséphine PASCAUD-RÉGNIER

Source BnF Gallica : L'Émulation française 1er mai 1928 

 




vendredi 12 septembre 2025

Harmonies - Poésie chantée

 


HARMONIES 

Poète ou musicien, les mêmes harmonies
Ont soulevé notre âme à l’assaut de l’azur,
Dans le rayonnement d’un idéal très pur,
Du rêve nous montons les gammes infinies.

O musique divine ! Ariette ou litanie,
Comme tu sais nous prendre et sous ton charme sûr
Nous garder longuement, aux instants les plus durs,
Triste, ou tendre, ou légère.

O Toi, voluptueuse !
Créatrice du songe et fée du souvenir,
laisse longtemps flotter au gré des rêveries
Sur les grands coeurs souffrants ta lente griserie.

"Petite âme paisible et grise"

Source BnF Gallica : Les Dimanches de la femme 11 aout 1929

 


 

lundi 8 septembre 2025

Sérénade - Marius Besson



SÉRÉNADE 

L’âme d’un violon à la lune s’effeuille 
Près de l’étang frileux comme un lilas qu'on cueille 

Et l’air, oint des senteurs vives de l’oranger, 
Jase tel un frelon envolé du verger. 

Il semble que l’Amour triomphant dans la trêve 
Au bord de ta fenêtre ait fixé quelque rêve, 

O Nymphe qui souris et gazouilles en mi 
Les déclarations de ton petit Ami. 

La nuit douce, la nuit accueillante est pareille 
A ton cœur juvénile où l’extase appareille. 

Nymphe l’ombre est divine aux souvenirs frôleurs 
Avec l’astre des lucioles sur les fleurs... 

Mais écoute : la grille a grincé, la sandale 
De l’éphèbe attendu tressaille sur la dalle. 

Pique dans tes cheveux des roses à loisir 
Pour fêter son cœur lourd d’harmonieux désir ! 

Et puis à la nuit fraîche, odorante, opportune, 
Laisse, laisse monter ta joie au clair de lune ! 

Marius BESSON

Source BnF Gallica : l'Émulation française 1er janvier 1928