La musique bretonne possède cette étonnante capacité à faire voyager en quelques notes : une mélodie, un rythme de danse, et nous voilà transportés sur les chemins de Bretagne, entre fest-noz, fêtes populaires et souvenirs de terroir.
J’ai choisi d’enregistrer à la flûte à bec cinq airs traditionnels bretons, réunis dans cet album publié sur Audio.com, sous le titre Musique bretonne.
Au fil de ces cinq morceaux, la flûte à bec se prête aussi bien aux mélodies chantées qu’aux rythmes de danse :
1. Merhed Pouskorù – Les filles de Pont-Scorff
Un air traditionnel associé à Pont-Scorff, dans le Morbihan. Une mélodie qui évoque les jeunes filles et les villages bretons d'autrefois.
2. An Dro
Impossible d'évoquer la musique bretonne sans penser à l’An Dro ! Cette danse traditionnelle, avec son mouvement régulier et entraînant, invite naturellement à battre la mesure. À la flûte à bec, la mélodie conserve toute sa simplicité et son caractère dansant.
3. Aheu Mad – Marche vannetaise
Une marche aux accents du pays vannetais, qui donne à la flûte à bec sopranino une couleur particulièrement agréable. Ici, le rythme prend le pas sur la danse et fait entendre une autre facette du patrimoine musical breton.
4. La Dérobée de Guingamp
Avec cette danse de caractère, direction les Côtes-d’Armor ! La Dérobée appartient à cette grande famille des danses traditionnelles bretonnes où la musique accompagne directement le mouvement des danseurs.
5. Hanter Dro
Pour terminer cet ensemble, voici le Hanter Dro, danse traditionnelle du répertoire breton. Son rythme souple et balancé permet à la flûte à bec de retrouver toute sa vocation de petit instrument populaire, capable de faire vivre une mélodie avec beaucoup de naturel.
🎵 Cinq airs, cinq ambiances, mais un même fil conducteur : la musique bretonne et le plaisir de la faire revivre à la flûte à bec.
Ces enregistrements sont aussi une manière personnelle de faire dialoguer instrument ancien, tradition populaire et interprétation personnelle, en conservant à ces mélodies leur caractère simple et convivial.
🎧 À écouter sur Audio.com : Musique bretonne – Dominique Boissy.
La flûte à bec n'a peut-être pas toujours sonné dans les festoù-noz... mais elle sait parfaitement se faire une petite place dans la ronde ! ☘️🎶
Pendant près d'un siècle, dans de nombreuses communes françaises,
le garde-champêtre n'était pas seulement le représentant de
l'autorité municipale.
Il
était souvent également musicien,
chef de fanfare,
tambour de ville,
clairon,
parfois même professeur de
musique.
Cette association de fonctions, aujourd'hui presque oubliée,
apparaît pourtant régulièrement dans la presse ancienne.
Les municipalités recherchaient volontiers un ancien musicien
militaire capable d'assurer simultanément la police rurale, les
annonces publiques et la vie musicale du village.
Cette polyvalence répondait à une logique simple : dans les petites
communes, un seul homme pouvait devenir à la fois la voix,
l'oreille… et la musique du village.
Les annonces municipales… au
son du tambour ou du clairon
Avant les haut-parleurs et Internet, il fallait bien prévenir les
habitants.
Le
garde-champêtre remplissait alors le rôle de tambour
de ville.
Il parcourait les rues.
Quelques roulements de tambour…
Parfois un appel de clairon…
Puis venait la formule attendue :
« Avis à la population… »
Il annonçait :
les arrêtés municipaux,
les réunions du conseil,
les coupures d'eau,
l'ouverture de la chasse,
les fêtes,
les ventes publiques,
les objets trouvés,
les informations
urgentes.
Cette fonction de tambour de ville était d'ailleurs
traditionnellement assurée par le garde-champêtre ou l'appariteur
communal, voire d'agent de police municipale et rurale par la suite.
Des musiciens militaires très
recherchés
Les annonces publiées dans les journaux sont révélatrices.
On y lit par exemple :
la
commune de Jaulgonne
recherchant un musicien militaire
retraité pour devenir
garde-champêtre et donner des leçons de musique (La France Militaire, 19 février 1895) ;
un
ancien chef de fanfare des
Hussards nommé garde-champêtre
à Landivy (La Mayenne 13 janvier 1904) ;
un bourg de 1800 habitants en bord du Loir offre une place de garde-champêtre à un musicien comme 1er piston dans une société musicale classée en 3ème division, 1ère section (L'Ouest-Eclair, 5 mai 1927) ;
un emploi cumulant chef de musique
et garde-champêtre à Morbier(L'intransigeant, 13 février 1928).
un
poste réunissant les fonctions de garde-champêtre,
tambour, afficheur et sonneur(Le Petit Troyen, 1er septembre 1934) ;
une commune de la région grenobloise pour un poste de gardien de police municipale, emploi réservé par priorité à un musicien jouant du trombone ou de la basse(Journal de de Confédération Musicale de France, décembre 1974).
la Musique de Verneuil-sur-Havre recherche un chef avec possibilités de logement et d'emploi de police municipale(Journal de de Confédération Musicale de France, février 1975).
ou encore la Mairie de Voulx recherche un appariteur sachant jouer du clairon et ayant quelques connaissances musicales (Journal de de Confédération Musicale de France, mai 1976)
et bien d'autres !
Ces offres montrent combien les municipalités appréciaient la
discipline, les compétences musicales et le sens du service des
anciens musiciens militaires.
Le chef de fanfare… et le
représentant de l'autorité
Dans certaines communes, un jour en semaine, le même homme pouvait :
diriger la
répétition de la fanfare ou de l'harmonie,
puis, quelques heures plus tard,
dresser un procès-verbal,
annoncer un arrêté municipal,
accompagner un convoi funéraire,
ou faire
respecter les règlements communaux.
Cette double casquette étonne aujourd'hui mais paraissait alors
parfaitement naturelle.
La presse de 1928 s'amusait même de cette fonction « double », se
demandant s'il était facile de réunir « les qualités d'un bon
chef d'orchestre et celles d'un bon garde-champêtre ».
Une tradition qui a survécu
jusque dans les années 1970
Voici le témoignage d'un ancien policier rural de cette époque :
"En 1976, répondant à une annonce publiée dans le journal de la Confédération Musicale de France, je fus recruté par le maire d'une commune de Seine-et-Marne pour succéder au garde-champêtre qui prenait sa retraite à soixante-dix ans.
Ma mission allait bien au-delà des fonctions de police.
Je devais également :
diriger la fanfare municipale ;
donner quelques leçons de musique ;
assurer les
annonces publiques dans toute la commune.
À Solex, puis en mobylette, le porte-voix en bandoulière, le képi souvent repoussé vers l'arrière, je sillonnais les rues.
À chaque arrêt…
Un appel de clairon.
Puis les habitants ouvraient leurs fenêtres ou sortaient sur le pas
de leur porte pour écouter les nouvelles du village.
J'annonçais les réunions du conseil municipal, les arrêtés, les
coupures d'eau, l'ouverture de la chasse, les festivités et toutes
les informations importantes de la commune.
Mais les journées étaient loin de se limiter à ces annonces.
Il fallait également assurer la traversée des écoliers, tenir des
permanences en mairie, répondre au téléphone, distribuer le
courrier aux élus, assister aux réunions du conseil municipal,
relever les compteurs d'eau, ouvrir le local des sapeurs-pompiers
lors des départs en intervention, remonter les poids de l'horloge de
l'église et veiller au bon fonctionnement de son mécanisme.
À cela s'ajoutaient les opérations funéraires, les convois
jusqu'au cimetière, les tournées de surveillance et bien d'autres
services encore.
J'occupais un logement de fonction installé dans la mairie, avantage
appréciable qui s'accompagnait naturellement d'une disponibilité
presque permanente".
Une époque révolue… mais
inoubliable
Aujourd'hui, ces fonctions ont disparu ou se sont progressivement
spécialisées.
Le garde-champêtre, le tambour de ville, le chef de fanfare communal
et l'ancien musicien militaire ne font plus qu'un dans les souvenirs
et les archives.
Pourtant, en parcourant ces coupures de presse, on découvre une
France où la musique faisait pleinement partie de la vie municipale.
Et je mesure avec émotion avoir été l'un des derniers témoins de
cette étonnante tradition, héritée d'un autre siècle, où l'on
pouvait, dans une même journée, diriger une répétition de
fanfare… puis annoncer au clairon les nouvelles de la commune.
Les
étonnantes guerres déclarées aux fanfares dans la presse ancienne
À la Belle Époque et jusque dans les premières
décennies du XXᵉ siècle, les rues des villes et des villages
résonnaient volontiers au son des fanfares, harmonies municipales,
orphéons et tambours. Ces formations animaient les fêtes
patronales, les processions, les cérémonies officielles et les
marchés, apportant une joyeuse animation dans les bourgs.
Pourtant, tous les maires ne partageaient pas cet
enthousiasme.
Au fil de mes recherches dans la presse ancienne,
j'ai découvert de nombreux articles relatant les démêlés parfois
étonnants entre certains édiles et les sociétés musicales de leur
commune. Bien souvent, les journaux de l'époque racontaient ces
affaires avec humour, non sans une certaine ironie.
La
guerre aux fanfares
Les journaux rapportent plusieurs arrêtés
municipaux interdisant ou limitant la musique dans les rues.
Dans plusieurs communes françaises, les fanfares
voient ainsi leurs répétitions, leurs concerts ou leurs défilés
interdits.
Quelques
notes... et des procès-verbaux
Dans une affaire particulièrement commentée, un
maire interdit à plusieurs sociétés musicales de jouer lors d'un
défilé.
Quelques roulements de tambour et quelques marches
suffisent pourtant à déclencher une série de procès-verbaux.
L'affaire se termine devant les tribunaux, où
plusieurs participants sont condamnés à de modestes amendes pour
tapage diurne. Les journaux s'amusent alors de ce maire qui semblait
avoir déclaré la guerre... aux musiciens.
Des
fanfares devant les tribunaux
Ailleurs, un arrêté municipal interdit l'usage
des clairons, tambours et autres instruments près des habitations
après une certaine heure.
Les musiciens de la fanfare locale sont verbalisés
en nombre et traduits devant le tribunal.
Mais la justice estime finalement que les
poursuites ne reposent pas sur des fondements suffisamment solides.
Jusqu'au
Conseil d'État !
Dans une autre commune, un arrêté va jusqu'à
interdire à une société philharmonique de défiler sur la voie
publique, avec ou sans instruments.
Les responsables de la société musicale
contestent cette décision pour excès de pouvoir.
L'affaire prend une telle ampleur qu'elle remonte
jusqu'au Conseil d'État.
Les
musiciens ne désarment pas
Il arrive aussi que les sociétés musicales
décident de résister.
Malgré les procès-verbaux, certaines continuent
de jouer durant les fêtes locales, encouragées par les
applaudissements des habitants.
D'autres choisissent une protestation plus
originale encore.
La
sérénade... sous les fenêtres du maire
L'un des épisodes les plus savoureux racontés
par la presse voit des musiciens venir interpréter leur répertoire
juste sous les fenêtres du maire, de bon matin.
La grosse caisse, les trombones, les clairons et
les tambours composent un concert improvisé destiné à faire
connaître leur mécontentement.
Le journaliste décrit avec gourmandise le réveil
brutal de l'élu, avant que l'affaire ne se poursuive... devant les
tribunaux.
Une
vieille querelle toujours actuelle
Ces anecdotes prêtent aujourd'hui à sourire.
Elles rappellent pourtant que les questions liées
aux nuisances sonores et à l'occupation de l'espace public ne datent
pas d'hier.
Déjà, il y a plus d'un siècle, les maires
devaient trouver un équilibre entre deux exigences parfois
contradictoires : garantir la tranquillité publique tout en
préservant les traditions musicales et la vie associative.
Les tribunaux rappelaient d'ailleurs qu'un arrêté
municipal ne pouvait aller au-delà de ce qui était réellement
nécessaire au maintien de l'ordre public.
Une
musique qui faisait vivre les villages
À cette époque, les fanfares, harmonies et
orphéons représentaient bien davantage qu'un simple divertissement.
Ils formaient des générations de musiciens,
animaient les fêtes locales, accompagnaient les cérémonies
patriotiques, les processions, les inaugurations et les œuvres de
bienfaisance.
Dans bien des communes, ils constituaient l'âme
musicale de la cité.
Les nombreux articles retrouvés dans la presse
ancienne montrent finalement qu'il suffisait parfois de quelques
notes de clairon ou d'un roulement de tambour pour déclencher une
polémique, un procès... ou même une décision de justice.
Conclusion
Ces chroniques oubliées témoignent d'une époque
où la musique de rue occupait une place essentielle dans la vie
quotidienne. Si certains maires voyaient dans les fanfares une source
de désordre, la plupart des habitants semblaient, au contraire, y
trouver une animation bienvenue.
Aujourd'hui, ces vieilles coupures de journaux
nous font surtout sourire. Elles rappellent qu'entre le silence et
les cuivres, entre les arrêtés municipaux et les partitions, les
débats ne datent pas d'hier. Heureusement, la musique a souvent eu
le dernier mot... et continue encore de faire vibrer les places de
nos villes et de nos villages.
Les anecdotes évoquées dans cet article sont
issues de diverses coupures de la presse française de la fin du XIXᵉ
et du début du XXᵉ siècle. Elles illustrent des situations
particulières, parfois rapportées avec humour par les journalistes
de l'époque, et ne sauraient refléter l'histoire ou l'action
actuelle des communes concernées.
Les Gnossiennes n° 1, 3 et 4 d'Erik Satie (1866-1925) comptent parmi les œuvres les plus énigmatiques et les plus poétiques du répertoire pour piano. Composées à la fin du XIXᵉ siècle, elles se distinguent par leur liberté rythmique, leurs harmonies audacieuses et leur atmosphère suspendue, presque intemporelle. Leur titre même, inventé par Satie, évoque un univers de mystère, de contemplation et de quête intérieure.
J'ai souhaité redonner une voix nouvelle à ces pages fascinantes en les interprétant à la flûte à bec, accompagnée au piano. La sonorité douce et expressive de la flûte met en lumière la ligne mélodique de Satie, tandis que le piano préserve toute la richesse harmonique et la profondeur méditative de ces œuvres.
Je vous invite à découvrir ces trois Gnossiennes dans cette version instrumentale, où le dialogue entre la flûte à bec et le piano ouvre une autre perspective sur l'univers singulier de ce compositeur visionnaire. Puissent ces quelques minutes de musique vous offrir un moment de calme, de rêverie et d'évasion.
Carte postale ancienne - Illustrateur non mentionné
🦟 Avis à tous les moustiques insomniaques ! 😅
Chaque été, le même concert recommence... 🎻
À peine la lumière éteinte, un soliste ailé entonne son célèbre « Zzzzzzz... » juste au-dessus de votre oreille. Résultat : on bondit hors du lit, pantoufles en main, prêt à livrer une bataille épique contre cet envahisseur minuscule !
Cette ancienne carte postale illustre à merveille le combat nocturne de nos ancêtres. Rien n'a vraiment changé... sauf qu'aujourd'hui, on peut rassurer ce pauvre monsieur : il existe désormais le Moustivore ! 🦟💥
Plus efficace que la pantoufle volante, moins fatigant que les acrobaties sur le lit, il permet enfin de retrouver des nuits paisibles... pendant que les moustiques, eux, cherchent un autre hôtel ! 😄
la grande virtuose française de l'harmonium que l'histoire a oubliée
Marie Deschamps(1841-1885)
fut l'une des grandes virtuoses françaises de l'harmonium au XIXe
siècle. Pianiste et professeure de formation, issue du Conservatoire de Paris, élève du compositeur
et organiste Henri Lebeau d'Aubel, elle se spécialisa dans l'orgue
expressif et l'harmonium, auxquels elle consacra une grande partie de
sa carrière. Dès les années 1860, elle se produisit dans les
principales salles parisiennes et imposa l'harmonium comme véritable
instrument de concert, notamment sur les instruments des maisons
Alexandre puis Mustel.
Virtuose, compositrice et
organisatrice de concerts, Marie Deschamps connut également le
succès en province et à l'étranger, de l'Allemagne à
l'Angleterre, de la Belgique à l'Italie. Ses fantaisies d'opéras et
ses pièces originales furent saluées pour leur poésie, leur
délicatesse et leur puissance expressive. La presse lui décerna des
surnoms éclatants : « la Sainte Cécile de l'harmonium », « la
fée de l'harmonium », « l'Étoile de l'harmonium » ou encore «
la reine de l'harmonium ».
Aujourd'hui largement
oubliée, Marie Deschamps apparaît pourtant, à la lumière de la
presse de son temps, comme une personnalité majeure de l'histoire de
l'harmonium de concert et comme une compositrice dont l'œuvre reste
en grande partie à redécouvrir.
Les
recherches menées dans le Catalogue général de la Bibliothèque
nationale de France permettent aujourd'hui d'identifier plusieurs
œuvres publiées de Marie Deschamps. Dès 1862, elle signe les
paroles et la musique de La Voix du cœur,
mélodie pour soprano avec piano et orgue-mélodium ad libitum.
Suivent notamment une transcription de Norma
de Bellini pour orgue expressif et piano et la rêverie Le Sentier mystérieux,
publiées par Alexandre en 1875, puis Le Bal champêtre,
édité chez Schott en 1878.
En
1883 paraît chez A. O'Kelly un important recueil de Douze
Pièces originales pour harmonium,
réunissant pages religieuses, pastorales, nocturne, berceuse,
barcarolle, scherzo, valse de concert et pièces exploitant les
ressources expressives de l'instrument. Plusieurs de ces compositions
furent exécutées par Marie Deschamps elle-même au cours de ses
concerts et saluées par la presse.
Ce
premier catalogue demeure cependant incomplet. Les journaux du temps
mentionnent de nombreuses fantaisies, transcriptions et œuvres
vocales dont les partitions restent aujourd'hui à localiser. La
redécouverte de Marie Deschamps prend ainsi la forme d'une véritable
enquête musicologique, à la recherche d'un répertoire dispersé ou
peut-être en partie disparu.
🎼👑 Quand Sa Majesté prend la baguette, les murs du
palais en oublient presque de tenir debout !
Dans un élan d'inspiration digne des plus grands
maîtres, le roi de Manéhouarnie dirige avec son talent royal
l'Entrée Triomphale, une œuvre de sa propre
composition. Les bras dessinent de vastes arabesques, les regards se
croisent, les cuivres flamboyent, les cordes frémissent... et
quelques musiciens avouent discrètement qu'il vaut mieux suivre la
baguette que tenter de deviner le prochain mouvement !
À ses côtés, Aurore,
l'organiste royale, fait rugir les grandes orgues du palais avec une
majesté éclatante, donnant à cette fresque musicale un souffle
digne des plus fastueuses cérémonies.
Le public, partagé entre admiration et sourire,
réserve une ovation au souverain compositeur... tandis que les
partitions, elles, demandent officiellement une journée de repos
après tant d'émotions ! 🎺🎹✨
120, boulevard de Versailles et angle rue des Carrières
Le jardin
La tour de 30 mètres
La
Belle Cycliste, une guinguette emblématique de Suresnes
À la fin du XIXᵉ
siècle, alors que la bicyclette devient le nouveau loisir des
Parisiens, un établissement ouvre ses portes au 120,
boulevard de Versailles (aujourd'hui boulevard
Henri-Sellier) : La Belle Cycliste. Construite en
1889, cette guinguette devient rapidement l'un des
rendez-vous incontournables des amateurs de la « petite reine »,
avant d'attirer une clientèle toujours plus nombreuse venue
déjeuner, danser ou simplement profiter de la campagne suresnoise.
À partir de 1900,
le restaurant appartient à MM. Richard père et fils,
comme l'indique la presse lors de l'incendie de 1935. Les
recensements de la ville confirment d'ailleurs que la famille Richard
résidait bien au 120, boulevard de Versailles.
La Belle Cycliste ne se
limitait pas à un simple café-restaurant. L'établissement
possédait de vastes terrasses, un jardin ombragé, des salles de bal
et une étonnante tour panoramique d'une trentaine de mètres. Un fil aérien qui transportait
les visiteurs au-dessus des jardins, entre deux tourelles, attraction particulièrement
originale pour l'époque. Les cartes postales anciennes témoignent
du succès de cette installation, qui faisait partie des curiosités
les plus célèbres de Suresnes.
Carte postale ancienne
Au fil des années, la
guinguette devint un lieu réputé pour les noces, banquets et bals
dominicaux. Les automobiles de luxe stationnaient le long du
boulevard pendant que leurs propriétaires profitaient des orchestres
et des jardins.
Mais cette belle
aventure prit brutalement fin le 8 janvier 1935. Un
incendie, vraisemblablement provoqué par un court-circuit, se
déclara dans un local où étaient entreposés des instruments de
musique. Malgré l'intervention rapide des pompiers de Suresnes et de
Puteaux, les deux grandes salles de danse, construites en bois,
furent entièrement détruites. Les journaux de toute la France
relatèrent le sinistre, qui marqua la disparition définitive de
l'une des plus célèbres guinguettes des bords de Seine.
Aujourd'hui, La
Belle Cycliste demeure le souvenir d'une époque où
Suresnes était l'une des destinations favorites des Parisiens venus
respirer l'air de la campagne, goûter aux plaisirs des guinguettes
et découvrir, depuis une tour de trente mètres, un panorama
exceptionnel sur la vallée de la Seine et le Mont-Valérien.
Sources : Le
Journal, 9 janv. 1935, Le Petit
Journal
9 janv. 1935, L'Écho de Paris, 9 janv. 1935, L'Écho de Paris, 9
janv. 1935, Paris-soir, 9 janv. 1935, Excelsior, 9 janv. 1935, Le
Petit Bleu
de Paris, 10 janv. 1935.
🎼 Il paraît que la musique adoucit les mœurs... mais certains chefs
d'orchestre semblent ne jamais avoir lu cette maxime !
Au fil de mes
recherches dans la presse ancienne, j'ai découvert une galerie de
colères aussi spectaculaires que savoureuses. Ici, un musicien lit
tranquillement son journal pendant la répétition et se fait
reconduire vers la sortie. Plus
loin, un basson rêveur oublie son entrée, un trombone s'obstine à
jouer faux, tandis qu'un simple éternuement ou un spectateur coiffé
d'un chapeau un peu trop voyant suffit à déclencher une tempête
digne d'un opéra ! Une remontrance à un musicien suffit même à provoquer une bagarre.
Les chroniqueurs de
l'époque ne se privaient pas d'en rire. Ils décrivaient ces
maestros métamorphosés dès qu'ils saisissaient leur baguette,
lançant des regards de foudre, frappant le pupitre avec une énergie
redoutable et interrompant la répétition pour un demi-ton égaré
ou une mesure oubliée.
Et pourtant, derrière
ces emportements se cachait presque toujours la même passion : celle
de servir la musique avec une exigence absolue. Heureusement, les
musiciens ne manquaient jamais d'humour et savaient, eux aussi,
répondre par quelques réparties bien senties... ou par un
magnifique couac au moment le plus solennel !
À la lecture de ces
anecdotes, une seule certitude s'impose : si Jean-Baptiste Lully
revenait aujourd'hui assister à certaines répétitions, il
hésiterait sans doute entre reprendre sa baguette... ou repartir
aussitôt dans sa tombe en secouant la tête ! 😄
Comoedia, 15 avril 1911
Le Gaulois, 30 juillet 1891
Le Gaulois, 30 juillet 1891
Le Gaulois, 30 juillet 1891
Le Petit Parisien, 23 février 1913
🎼 Comment éviter la grande colère du chef d'orchestre ?
Les répétitions d'orchestre ont parfois des allures de volcan en activité... Un basson distrait, un trombone un peu trop inspiré, un percussionniste qui compte les mesures avec optimisme, un musicien absorbé par son journal... et voilà notre pauvre chef prêt à transformer sa baguette en paratonnerre !
Mais existe-t-il un remède à la terrible « cheforchestrite aiguë » ?
Faut-il distribuer des câlins avant chaque répétition ? Offrir une tisane au maestro ? Installer un « coléromètre » sur le pupitre ? Interdire les fausses notes... ou simplement les applaudissements au premier violon ?
Autant de solutions aussi fantaisistes qu'improbables, inspirées par les savoureuses anecdotes de la presse ancienne et par l'univers irrésistible des opérettes françaises.
Alors, avant que la répétition ne se transforme en bataille rangée, une seule recommandation : gardez le sourire, accordez vos instruments... et ne faites surtout pas lire le journal au bassoniste pendant les répétitions ! 🎭🎺😄
Dans un grand Music-Hall de Londres,
On donnait concert chaque soir,
Quand soudain, sans vouloir attendre,
Un flûtiste perdit tout espoir.
On lui dit d'un ton plein d'orage :
« Vous avez trop vidé les tonneaux !
Votre souffle sent le breuvage,
Quittez donc aussitôt nos locaux ! »
Refrain
🎵
Le flûtiste était gris,
Mais sa flûte chantait aussi !
Les ornementations, les roulades,
Étaient sans fausse sérénade !
Le chef criait : « Quel déshonneur ! »
Le juge répondit sans peur :
« S'il jouait comme à l'ordinaire,
Pourquoi lui faire cette guerre ? »
🎵
Couplet 2
Le procès fit courir la ville,
On voulait connaître le fin mot.
Le chef, la moustache fébrile,
Se croyait déjà le héros.
Le juge demanda bien vite :
« A-t-il donc manqué son métier ?
Était-il moins bon qu'à l'habitude,
Ou bien seulement... un peu chargé ? »
Refrain
Le flûtiste était gris,
Mais sa flûte chantait aussi !
Pas un couac, pas une plainte,
Pas même une croche éteinte !
Le juge déclara soudain :
« Votre renvoi n'est pas certain.
Quand le talent tient la baguette,
Le vin ne change pas la fête ! »
Pont parlé
« Dites-moi donc, Monsieur le Chef...
Appliqueriez-vous la même règle
Au brave musicien
Qui frappe sur la grosse caisse ? »
🎵
Dernier refrain
Le flûtiste était gris,
Mais la justice lui sourit !
Le chef resta sans répartie,
Le tribunal riait aussi.
Depuis ce fameux jugement,
On se méfie des arguments :
Avant de renvoyer l'artiste...
Écoutez donc jouer le flûtiste !
Final
Et dans tous les orchestres,
On raconte encore aujourd'hui,
Qu'un juge fit plus de musique...
Qu'un chef d'orchestre ébloui !
Qui donc mène la
danse avec son bâton levé, ses grands gestes et son regard
impérieux ? La presse de 1899 nous en offre un
portrait aussi savoureux que malicieux dans ce poème signé
Amphitryon.
Tour à tour
inspiré, élégant, rêveur, puis soudain autoritaire, le chef
d'orchestre y devient un personnage presque légendaire. Avec
beaucoup d'humour, l'auteur croque ses manies, son tempérament et
ses emportements, tout en rendant hommage à celui qui fait vivre la
musique.
J'ai eu le plaisir
de mettre ce texte oublié en musique dans un style évoquant les
cafés-concerts et les opérettes de la Belle Époque,
afin de lui redonner toute la verve qu'il devait avoir lorsqu'il
était décliné sur les scènes parisiennes à la fin du XIXᵉ
siècle.
🎶 Une amusante
plongée dans l'univers musical de 1899, où l'on découvre que les
chefs d'orchestre... avaient déjà toute une réputation !
Bonne écoute, et
n'hésitez pas à me dire si vous reconnaissez quelques traits de
caractère de certains chefs d'hier... ou d'aujourd'hui ! 😉
Le
Chef d'Orchestre
Avec son
bâton dans la main,
Basques au vent, jambes en arche,
Bras
levé, vers le bon chemin
Semblant crier : « En avant !... arche
! »
Soufflant par ci, suant par là,
Chevauchant sa
chimère, il a
Comme un air de statue équestre,
Le
chef d'orchestre !
Il déchaîne
indistinctement
Cor anglais, bugle et saxophone,
Guitarise
comme un amant
Ou cymbalise comme un faune ;
Il accompagne
aussi presto
Le rire de Rigoletto
Que
les fureurs de Clytemnestre,
Le
chef d'orchestre !
Candide et
doux comme un mouton
- La musique adoucit les âmes -
Et
sachant descendre d'un ton
Dans le but de mieux plaire aux
dames,
Ainsi vit, toujours écouté,
De Pâques à la
Trinité
Et jusqu'à la Saint-Sylvestre,
Le
chef d'orchestre !
Cependant
un zèle indiscret
Parfois le transforme en despote...
S'il
le pouvait, il réduirait
Ses contradicteurs en compote !
Et,
pour prouver qu'il a du nerf,
Sous couleur d'imposer Wagner,
À
son profit il le séquestre.
Parmi les choses réellement
intéressantes que la grande manifestation industrielle et
commerciale de 1900 a offertes au public, tout le monde a
certainement remarqué la très complète installation de la
manufacture d'orgues Dumont et Cie, des Andelys.
Les visiteurs qui s'y
pressaient en foule ont pu admirer les divers modèles d'instruments
dont l'ensemble constituait la meilleure preuve de l'activité et du
progrès incessant de cette ancienne et illustre maison. Fondée en
1855, la grande manufacture d'orgues Dumont et Cie a pris une
extension considérable, grâce surtout à la perfection de son
outillage et à la modicité de ses prix. Seul un établissement de
province, pouvant réduire au minimum ses frais généraux et vendant
directement, sans intermédiaire, est à même de réussir à faire
bon et pas cher.
Les harmoniums Dumont
réunissent la solidité à l'élégance, et s'adaptent
merveilleusement à tous les besoins. Ceux destinés aux églises se
recommandent par leurs sons harmonieux et puissants. Les ateliers
Dumont produisent aussi un nombre considérable d'harmoniums à
l'usage spécial des salons. Ces instruments, qui se prêtent
merveilleusement à la mélodie, ont sur le piano l'avantage de mieux
soutenir la voix et d'offrir une plus grande variété de timbres. On
peut, du reste, employer concurremment les deux instruments et
l'effet produit est des plus remarquables. La plupart de nos grands
casinos ont aujourd'hui dans leurs orchestres des harmoniums Dumont.
Leur douceur parfaite, leur cachet artistique ont conquis tous les
suffrages.
Il
est presque superflu d'en faire l'éloge : disons seulement que nos
lecteurs pourront obtenir tous les renseignements complémentaires en
demandant le catalogue à la maison Dumont
et Cie,
aux Andelys
(Eure).
Source : extrait d'une coupure de presse ancienne non précisée, 2 décembre 1901
La France, 13 févr. 1899
La Semaine illustrée, 19 juin 1898
J'en ai trouvé un ! 🎹
Orgue-médiophone Dumont-Lelièvre de l'église Saint-Savinien-le Jeune à Sens (Yonne)
👑🎹🎶 Événement historique au Royaume de Manéhouarnie !
Après des semaines, des mois, voire selon certaines chroniques officielles... plusieurs siècles d'attente, la pianiste adorée de Sa Majesté a enfin franchi les portes du palais !
Le roi, que l'on croyait définitivement enraciné dans son fauteuil poussiéreux, a retrouvé des couleurs dès les premières notes du vieux piano royal. Certes, l'instrument grince un peu, tousse parfois et semble négocier chaque accord, mais l'émotion était au rendez-vous.
Les témoins racontent que les araignées ont interrompu leur ouvrage, que les souris ont cessé de courir et que même les murs décrépits ont semblé vibrer au son de ce duo tant attendu.
Ainsi s'achève l'une des plus longues attentes de l'histoire musicale de Manéhouarnie : le roi à la flûte et sa pianiste bien-aimée jouent enfin ensemble !
Reste à savoir si le piano survivra au concert... 🎹😄👑
👑🎹 Enfin la pianiste !
Opérette
baroque fantaisiste du Royaume de Manéhouarnie
Couplet 1 Le roi saute du fauteuil, Renverse un vieux recueil, Déclare à ses sujets : « Cette fois c'est vrai ! »
Refrain Enfin la pianiste est arrivée chez nous ! Le roi n'attend plus, il rayonne partout ! À la flûte il souffle, au piano l'on répond, Même si chaque accord ressemble à une explosion ! Couplet 2 La pianiste s'installe, Mais le piano râle, Chaque note qu'elle joue Fait tomber un vieux clou.
Refrain Enfin la pianiste est arrivée chez nous ! Le roi n'attend plus, il rayonne partout ! À la flûte il souffle, au piano l'on répond, Même si chaque accord ressemble à une explosion !
Couplet 3 Le duo devient sublime, Malgré quelques victimes : Deux chandeliers, trois cadres Et la moitié d'un marbre… Refrain Enfin la pianiste est arrivée chez nous ! Le roi n'attend plus, il rayonne partout ! À la flûte il souffle, au piano l'on répond, Même si chaque accord ressemble à une explosion !
Couplet 4 À la fin du concert, Dans un tonnerre d'éclairs, Le piano rend son âme, Sous les vivats du programme !
Pont parlé « Sire, le piano est mort ! » Et le roi répondrait : « Qu'importe ! La pianiste est arrivée ! »
Refrain final Enfin la pianiste est arrivée ce soir ! Le royaume entier retrouve son espoir ! La flûte soupire et le piano ne répond, Même sans lui nous poursuivrons la chanson !
Enfin la pianiste est arrivée chez nous, Que dansent les sujets, les souris et lé hiboux ! Et dans tout le Royaume l'on raconte aujourd'hui : « Rien n'est plus fort qu'un duo... surtout après tant d'ennuis ! »
14
juillet 1902 : quand la canicule fit vaciller la revue militaire de
Longchamp
Les cérémonies du 14 juillet 1902
restèrent longtemps gravées dans les mémoires, non seulement pour
leur éclat militaire, mais surtout en raison d'une chaleur
accablante qui transforma la traditionnelle revue de
Longchamp en véritable épreuve d'endurance.
Dès les premières heures de l'après-midi, le
thermomètre grimpe sous un soleil de plomb. Les soldats, contraints
de demeurer longtemps en armes sur l'immense plaine de Longchamp,
sont les premiers touchés. Les malaises se multiplient rapidement.
Les ambulances militaires, bientôt débordées, doivent être
secondées par les ambulances civiles.
Parmi les victimes de cette chaleur torride
figurent des centaines de militaires, mais également des agents de
police, des spectateurs et plusieurs officiers supérieurs. Le
gouverneur militaire de Paris, le général Faure-Biguet,
est victime d'un sérieux malaise et doit quitter précipitamment le
terrain de la revue pour recevoir des soins. Le général Percin
est lui aussi frappé d'insolation.
Les journaux rapportent qu'environ deux
cents cas d'insolation sont recensés entre Longchamp et le
Bois de Boulogne. Certains quotidiens évoquent même près de 676
personnes secourues au cours de cette journée
exceptionnelle tant à la revue qu’à Paris.
Le drame atteint son paroxysme avec le décès du
sergent Demange, de la 1re compagnie des
sapeurs-pompiers de Paris. Malgré les soins prodigués par les
médecins militaires et civils, il succombe dans la soirée à une
congestion cérébrale provoquée par l'insolation. Sa disparition
suscite une vive émotion dans la presse.
Face à une telle succession d'accidents, une
question revient aussitôt dans de nombreux journaux : faut-il
continuer à organiser la revue militaire de Longchamp le 14 juillet,
en pleine chaleur estivale ?
Des voix s'élèvent pour proposer des solutions.
Certains souhaitent avancer la revue à 10 ou 11 heures du
matin, lorsque la température est encore supportable.
D'autres vont plus loin et demandent purement et simplement la
suppression de cette manifestation dans sa forme traditionnelle. Le député Gérault-Richardannonce même son
intention d'interpeller le ministre de la Guerre afin de réclamer
une réforme de l'organisation des futures revues militaires.
La presse souligne également que ces accidents ne
constituent pas un fait totalement inédit : les revues de
Longchamp avaient déjà connu, les années précédentes, plusieurs
épisodes d'insolations, mais jamais avec une telle ampleur.
Plusieurs chroniqueurs, habitués à couvrir chaque année cette
cérémonie, affirment n'avoir « jamais vu une chaleur aussi
accablante »
Si la revue du 14 juillet fut finalement maintenue
les années suivantes, l'édition de 1902 demeure
l'un des épisodes les plus marquants de son histoire. Elle rappelle
qu'avant même que le mot canicule n'entre dans le langage
courant, les grandes cérémonies nationales pouvaient déjà être
durement confrontées aux extrêmes de la météo.
Plus d'un siècle plus tard, alors que les
épisodes de fortes chaleurs se répètent, les coupures de presse de
1902 offrent un témoignage saisissant : les interrogations sur
l'horaire, le lieu et les conditions d'organisation des grands
rassemblements en période estivale ne datent décidément pas
d'aujourd'hui.
Sources : Le Temps,
l’Univers, Le Soleil, Le Phare de la Loire, La Petite Gironde et
bien d’autres articles de la presse ancienne du 15 juillet 1902.