Une
musique pour les sapeurs-pompiers de Paris ?
Un vieux rêve devenu
réalité
Aujourd'hui, la Musique de la
Brigade de sapeurs-pompiers de Paris fait partie des formations
militaires les plus prestigieuses de France. Pourtant, sa création
ne s'est pas imposée d'un seul coup. Pendant plus de quarante ans,
journaux, élus et responsables administratifs se sont interrogés :
les sapeurs-pompiers de Paris
devaient-ils, eux aussi, posséder leur propre musique régimentaire
?
Les premières revendications
apparaissent dès le XIXᵉ siècle. En 1869,
la presse évoque déjà la possibilité d'incorporer au régiment la
musique de la Gendarmerie impériale, récemment dissoute. Les
commentateurs estiment qu'un corps d'élite comme celui des
sapeurs-pompiers mérite naturellement une formation musicale digne
de son prestige.
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| La Patrie, 14 oct. 1869 |
Quelques années plus tard, en
1886,
des voix réclament officiellement la création d'une musique. Le
compositeur Vallée adresse même une pétition au Conseil municipal
de Paris. L'idée est toutefois fraîchement accueillie par certains
journalistes qui jugent préférable de consacrer les crédits au
matériel de lutte contre l'incendie plutôt qu'à l'achat
d'instruments de musique.
En 1890,
le débat rebondit. Plusieurs chroniqueurs prennent cette fois la
défense du projet. Ils rappellent que les pompiers sont des soldats,
participent aux cérémonies officielles et aux grandes revues
militaires, tout en regrettant qu'ils soient les seuls à ne pas
disposer d'une musique. Certains imaginent déjà les concerts
populaires que pourraient offrir les pompiers dans les jardins
publics ou les quartiers de la capitale, renforçant encore leur
immense popularité auprès des Parisiens.
Puis le dossier semble
s'endormir... jusqu'à l'automne 1923.
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| La Presse, 8 nov. 1923 |
Le préfet de Police remet alors le
projet sur la table. Les journaux s'en amusent parfois, imaginant des
pompiers arrivant au feu au son des trompettes ou jouant une marche
funèbre après les incendies les plus dramatiques. Mais derrière
ces traits d'humour se cache un véritable débat. Les défenseurs du
projet soulignent qu'une musique régimentaire renforcerait le
prestige du régiment, participerait aux cérémonies officielles et
constituerait un remarquable outil de rayonnement.
Le colonel commandant le régiment
adopte d'ailleurs une position pleine de bon sens. Amateur de
musique, il reconnaît volontiers son intérêt, tout en rappelant
que les besoins prioritaires restent le personnel et les moyens
opérationnels. Il conclut avec élégance que, si la Ville de Paris
souhaitait offrir ce "cadeau" au régiment, celui-ci
l'accepterait avec plaisir.
Malgré cet enthousiasme, la
réponse tombe rapidement : pour
des raisons budgétaires, le projet est ajourné,
comme l'annonce la presse quelques jours plus tard.
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| Le Petit Parisien, 10 nov. 1923 |
Pourtant, cette idée ne disparaît
pas. En réalité, les
sapeurs-pompiers possèdent depuis longtemps une tradition musicale.
Dès le décret du 27 avril 1850,
les tambours sont remplacés par des clairons dans chaque compagnie.
Au fil des réorganisations de 1856,
1866,
1929
puis 1937,
les effectifs de clairons, de tambours et les fonctions de chef de
fanfare sont progressivement renforcés. Ces musiciens assurent les
sonneries réglementaires, accompagnent les cérémonies militaires
et, durant la Première Guerre mondiale, parcourent même les rues de
Paris pour donner l'alerte lors des bombardements aériens.
Le véritable tournant
intervient pendant la Seconde Guerre mondiale. À partir de 1943,
de nouveaux instrumentistes rejoignent les clairons et les tambours,
permettant la naissance d'une véritable fanfare
régimentaire. Celle-ci participe
notamment aux cérémonies de la Libération de Paris.
En 1950,
elle devient officiellement la Musique
du Régiment de sapeurs-pompiers de Paris,
avant de prendre, en 1967,
le nom de Musique de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, à la
suite de la transformation du régiment en brigade.
Ainsi, les nombreuses coupures de
presse de 1869, 1886, 1890 et 1923 témoignent d'un projet longtemps
discuté, parfois moqué, souvent repoussé... mais finalement
couronné de succès. Elles illustrent parfaitement le temps qu'il a
fallu pour transformer une simple idée en une institution musicale
aujourd'hui reconnue bien au-delà des rangs des sapeurs-pompiers de Paris.
Sources
: La
Patrie 14 octobre 1869, La France Militaire 30 juin 1886, La Petite
République Française 31 mai 1890, La Presse 8 novembre 1923, Le
Matin 8 novembre 1923, Le Petit Bleu de Paris 9 novembre 1923, Le
Petit Parisien 9 novembre 1923, Allo 18 avril 1966, Revue Amicale Ouest-Seine n° 8 décembre 2003.