vendredi 3 juillet 2026

Les policiers municipaux défileront-ils sur les Champs-Élysées ?

 


La participation des policiers municipaux au défilé national du 14 juillet demeure un sujet d'actualité. Si aucune décision n'a encore été prise pour 2026, une réponse récente du Gouvernement laisse entrevoir une possibilité qui aurait été difficile à imaginer il y a encore quelques années.

Il faut rappeler qu'un précédent historique existe déjà. Le 14 juillet 2021, une délégation de la police municipale de Nice avait défilé sur les Champs-Élysées. Cette présence exceptionnelle avait été décidée en hommage à l'engagement remarquable des policiers municipaux niçois, durement éprouvés lors des attentats ayant frappé la ville. Pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, des policiers municipaux prenaient ainsi part au défilé militaire et républicain.

À la suite d'une question écrite déposée à l'Assemblée nationale en vue du défilé du 14 juillet 2026, le Gouvernement a indiqué qu'il n'était pas défavorable, par principe, à la participation d'une délégation de policiers municipaux, ainsi que de gardes champêtres. Cette réponse constitue un signal particulièrement encourageant pour ces forces territoriales qui assurent chaque jour une mission essentielle de proximité auprès de la population.

Toutefois, plusieurs difficultés restent à résoudre. Comment représenter équitablement les milliers de services de police municipale répartis sur le territoire ? Quels critères retenir pour sélectionner les collectivités participantes ? Comment organiser le commandement, l'encadrement et les semaines de préparation indispensables à un défilé de cette ampleur ? Autant de questions qui expliquent qu'aucune décision n'ait encore été arrêtée.

Au-delà de ces contraintes, cette prise de position officielle marque une évolution notable. Elle témoigne d'une reconnaissance croissante du rôle des policiers municipaux et des gardes champêtres dans la sécurité quotidienne des Français. Peut-être assisterons-nous, dans un avenir proche, à une nouvelle page de l'histoire de ces deux institutions, avec la présence régulière de leurs représentants sur la plus célèbre avenue de France.

Liens :

- Question Assemblée Nationale

La Gazette des Communes


mercredi 1 juillet 2026

Lina Roth, l'institutrice qui fit entrer le pipeau à l'école



 

Née le 6 février 1877 à Rueil-Malmaison, Lina Roth consacra toute sa carrière à l'enseignement primaire. Institutrice à Saint-Menoux, dans l'Allier, elle associa très tôt la musique à sa pédagogie, convaincue que la pratique instrumentale constituait un excellent moyen d'éveiller l'intelligence et la sensibilité des enfants.

Écrivaine pour la jeunesse, collaboratrice de nombreuses revues pédagogiques telles que Le Journal des Instituteurs, L'Éducation enfantine ou La Musique à l'école, elle publia également des recueils de poésies, de chansons, de saynètes et de monologues destinés aux écoles. L'Annuaire général des lettres de 1933 la présente comme membre de plusieurs sociétés d'auteurs et recense déjà plusieurs de ses ouvrages, parmi lesquels Nous, de la petite classe, Chansons pour la pluie et le beau temps et Monsieur le Ceci, Monsieur le Cela. Ses publications témoignent de son engagement constant en faveur d'une pédagogie vivante et accessible.

Sa véritable originalité réside toutefois dans la renaissance d'un instrument populaire presque oublié : le pipeau.

 


Vers le début des années 1930, à l'occasion de la fête de Saint-Menoux, Lina Roth achète à un marchand forain un simple pipeau en celluloïd à six trous. Trouvant sa justesse imparfaite, elle le retouche elle-même au canif jusqu'à obtenir un instrument satisfaisant. Elle en équipe ensuite ses élèves et constate avec enthousiasme que des enfants qui apprennent encore à écrire sont capables, en quelques jours seulement, de jouer de petites mélodies. Cette expérience marque le point de départ d'une méthode pédagogique entièrement nouvelle.

Afin de diffuser cette pratique, elle rédige Tous musiciens, sous-titré Petit cours de pipeau en cinq leçons précédé de quelques notions essentielles de solfège, publié chez Nathan en 1933. L'ouvrage rencontre un vif succès et contribue à faire entrer le pipeau dans de nombreuses écoles françaises. La presse de l'époque souligne qu'avec cette méthode « l'individu le plus ignorant et le moins doué peut, en quelques jours, savoir jouer de cet instrument », insistant sur la simplicité et l'efficacité de son enseignement.

Les démonstrations publiques organisées à Saint-Menoux rencontrent un réel écho. En 1934 et 1935, plusieurs journaux relatent les prestations de ses jeunes élèves interprétant aussi bien des chansons populaires que des œuvres de Mozart, Mendelssohn ou Schumann. Les photographies publiées montrent des groupes d'enfants pipeaux en main, illustrant cette pédagogie collective qui étonne autant qu'elle séduit.

Un article de 1944 revient sur cette aventure en rappelant que Lina Roth avait dû convaincre l'éditeur Nathan de fabriquer un pipeau réellement juste, les modèles du commerce étant insuffisamment précis. Grâce à cette collaboration avec les facteurs d'instruments, son initiative locale devint une méthode largement diffusée dans les écoles françaises.

Parallèlement à son activité musicale, Lina Roth poursuivit une importante carrière littéraire. Elle publia de nombreuses pièces de théâtre pour enfants, des récits et des ouvrages pédagogiques, dont Mademoiselle Amélie, histoire d'une institutrice (1956), inspiré de sa propre expérience.

Décédée à Moulins le 2 septembre 1962, Lina Roth demeure une figure originale de l'enseignement musical français. Bien avant la généralisation de la flûte à bec dans les écoles, elle avait démontré qu'un instrument simple, peu coûteux et adapté aux jeunes enfants pouvait devenir un remarquable outil d'éducation musicale. À juste titre, l'écrivain René Barjavel la surnomma « la mère du pipeau ».