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| Excelsior, 19 mai 1936 |
Mort... puis ressuscité par la presse ! En 1936, des dizaines de journaux annoncent l'exécution de Balahu, le gigantesque tambour-major du Négus. Pourtant, quelques mois plus tard, d'autres quotidiens affirment qu'il est bien vivant, simplement emprisonné puis gracié ! Vérité, propagande ou confusion des agences de presse ? Cette étonnante enquête dans les journaux anciens montre combien l'Histoire est parfois moins simple qu'elle n'y paraît.
L'histoire de Balahu, surnommé le « géant du Négus », est celle d'un homme dont la stature exceptionnelle a marqué la presse internationale des années 1930. Considéré comme l'homme le plus grand d'Abyssinie, sa taille est estimée selon les sources à 2,26 mètres, 2,35 mètres ou encore 7 pieds et 5 pouces.
Un destin lié à l'Empereur Haïlé Sélassié
Le destin de Balahu bascule en octobre 1934. Alors qu'il est traduit devant la Cour suprême d'Addis-Abeba (le « Ghilott ») pour avoir tué un rival par jalousie amoureuse, il attire l'attention de l'empereur Hailé Sélassié. Impressionné par sa taille extraordinaire, le Négus lui accorde sa grâce et paie lui-même le « prix du sang » (estimé à 4 500 francs) à la famille de la victime pour le prendre à son service.
Balahu occupe alors deux fonctions emblématiques à la cour :
Porte-parasol impérial : Il est chargé de porter la célèbre ombrelle de velours rouge lors des cérémonies.
Tambour-major de la Garde impériale. Sa silhouette impressionnante, ouvrant les défilés avec une canne maniée avec habileté, devient une figure populaire d'Addis-Abeba.
La fin tragique (ou contestée) de 1936
Lors de l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie, la majorité des journaux de mai 1936 rapportent que Balahu a été exécuté par les autorités italiennes le 17 ou 18 mai 1936. Les motifs officiels de sa condamnation par un tribunal militaire sont l'espionnage et le brigandage.
Cependant, les sources présentent des versions divergentes ou complémentaires sur cette fin :
Une jalousie de stature : Le journal L'Aube rapporte une rumeur (qu'il qualifie de fantaisiste) selon laquelle le roi d'Italie aurait demandé son exécution, ne supportant pas l'idée d'apparaître minuscule aux côtés d'un sujet deux fois plus grand que lui lors de ses futurs défilés.
Des démentis tardifs : De manière surprenante, les articles du Petit Journal (14 septembre 1936), du Figaro (26 décembre 1936), de Bayard (7 mars 1937), de l’Écho d’Alger (6 novembre 1937), affirment que Balahu (Bakoum) n'a pas été exécuté. Selon ces sources, il serait en prison en attente de jugement pour des crimes de droit commun (tentative de meurtre sur des domestiques d'une citoyenne française et vol) commis durant les troubles précédant l'entrée des Italiens dans la capitale. Prisonnier exemplaire remis en liberté, il se porterait à merveille et se promènerait dans les rue d’Addis-Abéba...
Quoi qu'il en soit, le destin de Balahu (Bakoum) illustre parfaitement comment un homme hors du commun peut devenir, malgré lui, un personnage de légende dont la presse façonne la vie et la mort au gré de l'actualité politique. 📜
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