samedi 5 septembre 2026

Pouet-pouet ! Le trompette de ville

 


 

Avant la radio, avant le téléphone portable et bien avant le haut-parleur municipal, il existait un moyen particulièrement efficace de faire savoir les nouvelles à toute la population : le trompette de ville !

Et attention, il ne suffisait pas de souffler trois notes dans l'instrument et de rentrer tranquillement à la mairie. Il fallait sonner fort, sonner au bon endroit, et surtout ne laisser aucun quartier sur le bord du chemin !

 

📯 Un héraut avec des poumons

Le trompette de ville appartient à une très ancienne tradition. Du Moyen Âge à l'époque moderne, les villes employaient des musiciens chargés d'annoncer solennellement les décisions du pouvoir municipal ou royal. Dans les grandes cités, le trompette pouvait porter les couleurs de la ville et même une trompette d'argent ornée d'une banderole aux armes municipales.

Son rôle était en quelque sorte celui d'un haut-parleur avant l'invention de l'électricité.

Le principe était simple :
TROMPETTE ! 📯
On attire l'attention.
Puis le crieur ou le trompette annonce la nouvelle.

Ordonnance, règlement de police, vente aux enchères, proclamation municipale, arrivée d'une personnalité, fête ou manifestation : tout ce qui devait être connu de la population pouvait ainsi être crié dans les rues.

Dans certaines villes, le trompette accompagnait même officiellement les magistrats et ouvrait leur marche en sonnant. À Forcalquier, par exemple, les trompettes municipaux proclamaient les décisions administratives, les enchères et les ordonnances dans les places et carrefours.

Bref, la communication municipale était alors équipée d'un système sonore fonctionnant au souffle et à la bonne volonté de l'employé communal ! 

 🏘️ En 1886 : attention au quartier oublié !

Une coupure de presse du Conservateur du 30 mai 1886, concernant Royan, nous montre que le métier avait encore ses petits problèmes de couverture géographique.

Le journal reproche au trompette de ville de « délaisser tout le quartier de l'avenue de Pontaillac ». Le rédacteur suggère donc qu'il pourrait sonner « en face la maison de M. Amiot » ou, au minimum, au coin de la rue des Chantiers.

On imagine assez bien la scène :

« Avis à la population ! »

Mais au fond de l'avenue :

« Quelle population ? Parce que nous, on n'a rien entendu ! »

Voilà donc un problème très ancien qui ressemble étrangement à certains problèmes modernes : la communication était bien faite, mais pas forcément reçue par tout le monde !

Le trompette de ville devait donc penser à son parcours. Un carrefour ici, une place là, un autre coin de rue ailleurs…

Car annoncer une nouvelle à la population, c'était une chose.

Faire en sorte que toute la population l'entende, c'en était une autre !

⏱️ En 1924 : surtout, laissez le temps aux gens d'arriver !

Une autre coupure, publiée dans L'Écho rochelais le 30 juillet 1924, nous livre un détail absolument délicieux sur le fonctionnement de cette communication municipale.

Un certain M. Bonnaud, trompette de ville désirant prendre sa retraite, devait être remplacé. Mais aucun candidat ne semblait vouloir accepter le traitement de 400 francs par an. Le conseil décida donc de porter la rémunération du futur trompette à 600 francs.

Six cents francs !

Il faut évidemment replacer cette somme dans son contexte, mais une chose est certaine : faire sortir les habitants de chez eux pour leur annoncer les nouvelles municipales était considéré comme un véritable travail.

Et les conseillers municipaux avaient encore une autre préoccupation.

Ils demandèrent qu'un intervalle plus long soit observé entre la sonnerie et l'annonce de l'avis, afin que les personnes intéressées aient le temps de se déplacer pour prendre connaissance du communiqué. La remarque fut officiellement enregistrée.
Voilà qui mérite réflexion.

Le trompette devait donc faire :

Pooouêêêêêêêêêt ! 🎺

Puis attendre…

Encore un peu…

Et encore un peu…

Parce qu'il fallait laisser le temps à Mme Martin de descendre l'escalier, à M. Dupont de quitter son atelier, au boulanger de poser sa pelle et au voisin du bout de la rue de mettre ses sabots !

Et surtout, interdiction de faire :

« POUET ! L'annonce est la suivante… »

avant que les intéressés aient eu le temps d'arriver !

 🎺 Le trompette était parfois… un couteau suisse municipal

La fonction pouvait d'ailleurs se combiner avec celle de crieur public, et parfois avec d'autres emplois communaux.

Un témoignage consacré à La Rochefoucauld raconte ainsi le souvenir d'un « trompette de ville » qui était musicien et chef d'une société musicale. Il arrivait avec son clairon, s'arrêtait dans la rue, jouait quelques notes bien connues pour faire sortir les habitants de chez eux, puis annonçait d'une voix forte les arrivages de légumes et de poissons, les communiqués de la mairie, les fêtes, les frairies ou encore les ventes aux enchères.

Et voilà notre homme transformé en véritable radio municipale ambulante !

Avec, toutefois, une particularité :
la radio devait marcher jusqu'à ses auditeurs.

À Gençay, la fonction de trompette de ville fut même associée à celle de garde champêtre et d'afficheur municipal. Le dernier véritable crieur de la commune parcourait encore le bourg avec son clairon et ne prit sa retraite qu'en 1965.

On est donc très loin du personnage médiéval disparu depuis des siècles.

 

🔊 Avant le haut-parleur, il fallait être entendu !

Le système reposait finalement sur une véritable petite mécanique sonore :

1. Le trompette arrive.
2. Il sonne. 🎺
3. Les habitants comprennent qu'une annonce va suivre.
4. Ils se rapprochent.
5. Le trompette ou le crieur lit le communiqué.
6. Et tout le monde rentre chez soi avec la nouvelle.

Une forme de notification municipale à l'ancienne, sans abonnement, sans batterie et surtout sans possibilité de mettre le trompette en mode silencieux !

Mais il y avait une règle d'or : le trompette devait être entendu.

À Royan en 1886, on lui reproche de ne pas suffisamment sonner dans un quartier. En 1924, on lui demande au contraire de laisser suffisamment de temps entre la sonnerie et l'annonce.

Autrement dit, le cahier des charges était assez clair :

Sonner assez fort pour être entendu par tout le monde, mais attendre assez longtemps pour que tout le monde puisse venir écouter !

 

🎺 Une véritable fonction de musicien au service de la cité

Le trompette de ville n'était donc pas simplement un musicien chargé de faire « pouet-pouet » dans les rues.

Il était un agent de communication publique, héritier du héraut et proche cousin du crieur municipal.

Il devait posséder une bonne embouchure, des poumons solides, une voix qui porte, une excellente connaissance des rues… et probablement une certaine résistance aux remarques des habitants !

Car si un quartier n'entendait pas l'annonce :

C'était sa faute.

Si les habitants n'avaient pas eu le temps d'arriver :

C'était encore sa faute.

Et si le trompette sonnait trop longtemps :

On peut imaginer que ce n'était probablement pas sa faute… mais celle des oreilles municipales ! 😄

Aujourd'hui, un message apparaît sur un téléphone en quelques secondes.

Autrefois, la mairie envoyait simplement son meilleur « haut-parleur sur pattes » faire le tour du quartier.

Et si quelqu'un demandait :

« Pourquoi n'avez-vous pas annoncé la nouvelle chez nous ? »

Il suffisait probablement de répondre :

« Parce que Monsieur le Trompette n'a pas encore sonné jusqu'ici ! »

🎺 Pouet-pouet ! L'information municipale est annoncée !

Merci de vous rapprocher, de patienter entre la sonnerie et le communiqué… et surtout, de ne pas habiter trop loin du trompette !

 


 

jeudi 3 septembre 2026

Le cornet à pistons automatique

 

Coupure de presse 1924
  

🎺 Le cornet à pistons automatique, ou « Player Cornet », fut une étonnante tentative de transposer au monde des instruments à vent le principe du piano mécanique. Présenté au début des années 1920, il utilisait une bande de papier perforé qui commandait automatiquement les pistons du cornet. Le musicien n'avait plus qu'à souffler dans l'embouchure : la mécanique se chargeait de sélectionner les notes.

La photographie publiée dans l'Almanach illustré du Petit Parisien montre le jeune Barrie Darewski, alors enfant, fils du compositeur et éditeur musical britannique Herman Darewski. Une publication américaine de 1922 le présente comme le démonstrateur de ce curieux « Mechanical Cornet », précisant que son père avait acquis les droits mondiaux de l'invention. Le système constituait ainsi une sorte de « piano mécanique à vent » : le papier perforé remplaçait les doigts du musicien, mais le souffle humain demeurait indispensable.

Cette invention, aussi ingénieuse qu'insolite, semble toutefois être restée une curiosité de l'ère des automates musicaux. Elle témoigne de l'extraordinaire imagination des inventeurs de l'entre-deux-guerres, qui cherchaient alors à faire jouer automatiquement presque tous les instruments de musique.

 

Science and Invention, september 1922 

mardi 1 septembre 2026

An Italian Ground

 


 

🎶 An Italian Ground – Variations baroques sur une basse obstinée

Avec « An Italian Ground », nous entrons au cœur de la musique baroque anglaise du XVIIᵉ siècle.

Cette pièce repose sur un ground bass, une basse obstinée répétée inlassablement, sur laquelle se développent de nombreuses variations ou divisions. Inspirée de la tradition italienne, cette forme permet au musicien de faire preuve d’une grande virtuosité tout en conservant la structure régulière de la basse.

Très appréciée des interprètes de flûte à bec, cette œuvre offre un magnifique dialogue entre la ligne mélodique, riche en ornements et en variations, et la basse à cordes, qui maintient le fil conducteur de l’ensemble.

Pour cet enregistrement, j’ai choisi de faire entendre cette musique dans une formation simple et intimiste : flûte à bec et basse à cordes, afin de mettre en valeur toute la finesse, l’élégance et l’inventivité de ces variations baroques.

🎵 Une petite plongée musicale dans l’Angleterre du XVIIᵉ siècle, où une basse obstinée devient le terrain de jeu d’une flûte à bec pleine d’imagination !