vendredi 31 juillet 2026

La Belle Cycliste, une guinguette emblématique de Suresnes


120, boulevard de Versailles et angle rue des Carrières

  

Le jardin

 

La tour de 30 mètres

 

La Belle Cycliste, une guinguette emblématique de Suresnes

À la fin du XIXᵉ siècle, alors que la bicyclette devient le nouveau loisir des Parisiens, un établissement ouvre ses portes au 120, boulevard de Versailles (aujourd'hui boulevard Henri-Sellier) : La Belle Cycliste. Construite en 1889, cette guinguette devient rapidement l'un des rendez-vous incontournables des amateurs de la « petite reine », avant d'attirer une clientèle toujours plus nombreuse venue déjeuner, danser ou simplement profiter de la campagne suresnoise.

À partir de 1900, le restaurant appartient à MM. Richard père et fils, comme l'indique la presse lors de l'incendie de 1935. Les recensements de la ville confirment d'ailleurs que la famille Richard résidait bien au 120, boulevard de Versailles.

La Belle Cycliste ne se limitait pas à un simple café-restaurant. L'établissement possédait de vastes terrasses, un jardin ombragé, des salles de bal et une étonnante tour panoramique d'une trentaine de mètres. Un fil aérien qui transportait les visiteurs au-dessus des jardins, entre deux tourelles, attraction particulièrement originale pour l'époque. Les cartes postales anciennes témoignent du succès de cette installation, qui faisait partie des curiosités les plus célèbres de Suresnes.

 

Carte postale ancienne
 

Au fil des années, la guinguette devint un lieu réputé pour les noces, banquets et bals dominicaux. Les automobiles de luxe stationnaient le long du boulevard pendant que leurs propriétaires profitaient des orchestres et des jardins.

Mais cette belle aventure prit brutalement fin le 8 janvier 1935. Un incendie, vraisemblablement provoqué par un court-circuit, se déclara dans un local où étaient entreposés des instruments de musique. Malgré l'intervention rapide des pompiers de Suresnes et de Puteaux, les deux grandes salles de danse, construites en bois, furent entièrement détruites. Les journaux de toute la France relatèrent le sinistre, qui marqua la disparition définitive de l'une des plus célèbres guinguettes des bords de Seine.

Aujourd'hui, La Belle Cycliste demeure le souvenir d'une époque où Suresnes était l'une des destinations favorites des Parisiens venus respirer l'air de la campagne, goûter aux plaisirs des guinguettes et découvrir, depuis une tour de trente mètres, un panorama exceptionnel sur la vallée de la Seine et le Mont-Valérien.

 

Sources : Le Journal, 9 janv. 1935, Le Petit Journal 9 janv. 1935, L'Écho de Paris, 9 janv. 1935, L'Écho de Paris, 9 janv. 1935, Paris-soir, 9 janv. 1935, Excelsior, 9 janv. 1935, Le Petit Bleu de Paris, 10 janv. 1935.


Le petit journal 9 janvier 1935


Excelsior, 9 janv. 1935

  

mercredi 29 juillet 2026

Quand les chefs d'orchestre voyaient rouge...

 

Colèrissimo

  

🎼 Il paraît que la musique adoucit les mœurs... mais certains chefs d'orchestre semblent ne jamais avoir lu cette maxime !

Au fil de mes recherches dans la presse ancienne, j'ai découvert une galerie de colères aussi spectaculaires que savoureuses. Ici, un musicien lit tranquillement son journal pendant la répétition et se fait reconduire vers la sortie. Plus loin, un basson rêveur oublie son entrée, un trombone s'obstine à jouer faux, tandis qu'un simple éternuement ou un spectateur coiffé d'un chapeau un peu trop voyant suffit à déclencher une tempête digne d'un opéra ! Une remontrance à un musicien suffit même à provoquer une bagarre.

Les chroniqueurs de l'époque ne se privaient pas d'en rire. Ils décrivaient ces maestros métamorphosés dès qu'ils saisissaient leur baguette, lançant des regards de foudre, frappant le pupitre avec une énergie redoutable et interrompant la répétition pour un demi-ton égaré ou une mesure oubliée.

Et pourtant, derrière ces emportements se cachait presque toujours la même passion : celle de servir la musique avec une exigence absolue. Heureusement, les musiciens ne manquaient jamais d'humour et savaient, eux aussi, répondre par quelques réparties bien senties... ou par un magnifique couac au moment le plus solennel !

À la lecture de ces anecdotes, une seule certitude s'impose : si Jean-Baptiste Lully revenait aujourd'hui assister à certaines répétitions, il hésiterait sans doute entre reprendre sa baguette... ou repartir aussitôt dans sa tombe en secouant la tête ! 😄

 

Comoedia, 15 avril 1911
 

Le Gaulois, 30 juillet 1891

Le Gaulois, 30 juillet 1891

Le Gaulois, 30 juillet 1891 


Le Petit Parisien, 23 février 1913

🎼 Comment éviter la grande colère du chef d'orchestre ?

Les répétitions d'orchestre ont parfois des allures de volcan en activité... Un basson distrait, un trombone un peu trop inspiré, un percussionniste qui compte les mesures avec optimisme, un musicien absorbé par son journal... et voilà notre pauvre chef prêt à transformer sa baguette en paratonnerre !

Mais existe-t-il un remède à la terrible « cheforchestrite aiguë » ?

Faut-il distribuer des câlins avant chaque répétition ? Offrir une tisane au maestro ? Installer un « coléromètre » sur le pupitre ? Interdire les fausses notes... ou simplement les applaudissements au premier violon ?

Autant de solutions aussi fantaisistes qu'improbables, inspirées par les savoureuses anecdotes de la presse ancienne et par l'univers irrésistible des opérettes françaises.

Alors, avant que la répétition ne se transforme en bataille rangée, une seule recommandation : gardez le sourire, accordez vos instruments... et ne faites surtout pas lire le journal au bassoniste pendant les répétitions ! 🎭🎺😄



 


 

lundi 27 juillet 2026

Le Flûtiste était gris !

 

Le Ménestrel, 5 janv. 1896


Le Flûtiste était gris !

Chanson humoristique inspirée d'un fait divers 

 

Couplet 1

Dans un grand Music-Hall de Londres,
On donnait concert chaque soir,
Quand soudain, sans vouloir attendre,
Un flûtiste perdit tout espoir.
On lui dit d'un ton plein d'orage :
« Vous avez trop vidé les tonneaux !
Votre souffle sent le breuvage,
Quittez donc aussitôt nos locaux ! »

Refrain

🎵
Le flûtiste était gris,
Mais sa flûte chantait aussi !
Les ornementations, les roulades,
Étaient sans fausse sérénade !
Le chef criait : « Quel déshonneur ! »
Le juge répondit sans peur :
« S'il jouait comme à l'ordinaire,
Pourquoi lui faire cette guerre ? »
🎵

Couplet 2

Le procès fit courir la ville,
On voulait connaître le fin mot.
Le chef, la moustache fébrile,
Se croyait déjà le héros.
Le juge demanda bien vite :
« A-t-il donc manqué son métier ?
Était-il moins bon qu'à l'habitude,
Ou bien seulement... un peu chargé ? »

Refrain

Le flûtiste était gris,
Mais sa flûte chantait aussi !
Pas un couac, pas une plainte,
Pas même une croche éteinte !
Le juge déclara soudain :
« Votre renvoi n'est pas certain.
Quand le talent tient la baguette,
Le vin ne change pas la fête ! »

Pont parlé

« Dites-moi donc, Monsieur le Chef...
Appliqueriez-vous la même règle
Au brave musicien
Qui frappe sur la grosse caisse ? »

🎵

Dernier refrain

Le flûtiste était gris,
Mais la justice lui sourit !
Le chef resta sans répartie,
Le tribunal riait aussi.
Depuis ce fameux jugement,
On se méfie des arguments :
Avant de renvoyer l'artiste...
Écoutez donc jouer le flûtiste !

Final

Et dans tous les orchestres,
On raconte encore aujourd'hui,
Qu'un juge fit plus de musique...
Qu'un chef d'orchestre ébloui !

 

©dboissy (2026) 

 



vendredi 24 juillet 2026

Le chef d'orchestre

 


🎼 Le Chef d'Orchestre 🎼

Qui donc mène la danse avec son bâton levé, ses grands gestes et son regard impérieux ? La presse de 1899 nous en offre un portrait aussi savoureux que malicieux dans ce poème signé Amphitryon.

Tour à tour inspiré, élégant, rêveur, puis soudain autoritaire, le chef d'orchestre y devient un personnage presque légendaire. Avec beaucoup d'humour, l'auteur croque ses manies, son tempérament et ses emportements, tout en rendant hommage à celui qui fait vivre la musique.

J'ai eu le plaisir de mettre ce texte oublié en musique dans un style évoquant les cafés-concerts et les opérettes de la Belle Époque, afin de lui redonner toute la verve qu'il devait avoir lorsqu'il était décliné sur les scènes parisiennes à la fin du XIXᵉ siècle.

🎶 Une amusante plongée dans l'univers musical de 1899, où l'on découvre que les chefs d'orchestre... avaient déjà toute une réputation !

Bonne écoute, et n'hésitez pas à me dire si vous reconnaissez quelques traits de caractère de certains chefs d'hier... ou d'aujourd'hui ! 😉

 

Le Chef d'Orchestre

Avec son bâton dans la main,
Basques au vent, jambes en arche,
Bras levé, vers le bon chemin
Semblant crier : « En avant !... arche ! »
Soufflant par ci, suant par là,
Chevauchant sa chimère, il a
Comme un air de statue équestre,

Le chef d'orchestre !

Il déchaîne indistinctement
Cor anglais, bugle et saxophone,
Guitarise comme un amant
Ou cymbalise comme un faune ;
Il accompagne aussi presto
Le rire de
Rigoletto
Que les fureurs de Clytemnestre,

Le chef d'orchestre !

Candide et doux comme un mouton
- La musique adoucit les âmes -
Et sachant descendre d'un ton
Dans le but de mieux plaire aux dames,
Ainsi vit, toujours écouté,
De Pâques à la Trinité
Et jusqu'à la Saint-Sylvestre,

Le chef d'orchestre !

Cependant un zèle indiscret
Parfois le transforme en despote...
S'il le pouvait, il réduirait
Ses contradicteurs en compote !
Et, pour prouver qu'il a du nerf,
Sous couleur d'imposer Wagner,
À son profit il le séquestre.

Le chef d'orchestre !

Amphitryon

Source : La Lanterne, 7 nov. 1899

 


 

mercredi 22 juillet 2026

Exposition des harmoniums Dumont & Cie

  

Illustration de presse ancienne


UNE EXPOSITION INTÉRESSANTE

Parmi les choses réellement intéressantes que la grande manifestation industrielle et commerciale de 1900 a offertes au public, tout le monde a certainement remarqué la très complète installation de la manufacture d'orgues Dumont et Cie, des Andelys.

Les visiteurs qui s'y pressaient en foule ont pu admirer les divers modèles d'instruments dont l'ensemble constituait la meilleure preuve de l'activité et du progrès incessant de cette ancienne et illustre maison. Fondée en 1855, la grande manufacture d'orgues Dumont et Cie a pris une extension considérable, grâce surtout à la perfection de son outillage et à la modicité de ses prix. Seul un établissement de province, pouvant réduire au minimum ses frais généraux et vendant directement, sans intermédiaire, est à même de réussir à faire bon et pas cher.

Les harmoniums Dumont réunissent la solidité à l'élégance, et s'adaptent merveilleusement à tous les besoins. Ceux destinés aux églises se recommandent par leurs sons harmonieux et puissants. Les ateliers Dumont produisent aussi un nombre considérable d'harmoniums à l'usage spécial des salons. Ces instruments, qui se prêtent merveilleusement à la mélodie, ont sur le piano l'avantage de mieux soutenir la voix et d'offrir une plus grande variété de timbres. On peut, du reste, employer concurremment les deux instruments et l'effet produit est des plus remarquables. La plupart de nos grands casinos ont aujourd'hui dans leurs orchestres des harmoniums Dumont. Leur douceur parfaite, leur cachet artistique ont conquis tous les suffrages.

Il est presque superflu d'en faire l'éloge : disons seulement que nos lecteurs pourront obtenir tous les renseignements complémentaires en demandant le catalogue à la maison Dumont et Cie, aux Andelys (Eure).

Source : extrait d'une coupure de presse ancienne non précisée, 2 décembre 1901 

 

La France, 13 févr. 1899


 

La Semaine illustrée, 19 juin 1898


J'en ai trouvé un ! 🎹

Orgue-médiophone Dumont-Lelièvre de l'église Saint-Savinien-le Jeune à Sens (Yonne)

Photo © dboissy (2001)

 

vendredi 17 juillet 2026

Enfin la Pianiste !

 



👑🎹🎶 Événement historique au Royaume de Manéhouarnie !

Après des semaines, des mois, voire selon certaines chroniques officielles... plusieurs siècles d'attente, la pianiste adorée de Sa Majesté a enfin franchi les portes du palais !

Le roi, que l'on croyait définitivement enraciné dans son fauteuil poussiéreux, a retrouvé des couleurs dès les premières notes du vieux piano royal. Certes, l'instrument grince un peu, tousse parfois et semble négocier chaque accord, mais l'émotion était au rendez-vous.

Les témoins racontent que les araignées ont interrompu leur ouvrage, que les souris ont cessé de courir et que même les murs décrépits ont semblé vibrer au son de ce duo tant attendu.

Ainsi s'achève l'une des plus longues attentes de l'histoire musicale de Manéhouarnie : le roi à la flûte et sa pianiste bien-aimée jouent enfin ensemble !

Reste à savoir si le piano survivra au concert... 🎹😄👑


👑🎹 Enfin la pianiste !


Opérette baroque fantaisiste du Royaume de Manéhouarnie


Couplet 1 

Le roi saute du fauteuil,
Renverse un vieux recueil,
Déclare à ses sujets :
« Cette fois c'est vrai ! »

Refrain
Enfin la pianiste est arrivée chez nous !
Le roi n'attend plus, il rayonne partout !
À la flûte il souffle, au piano l'on répond,
Même si chaque accord ressemble à une explosion !

Couplet 2

La pianiste s'installe,
Mais le piano râle,
Chaque note qu'elle joue
Fait tomber un vieux clou.

Refrain
Enfin la pianiste est arrivée chez nous !
Le roi n'attend plus, il rayonne partout !
À la flûte il souffle, au piano l'on répond,
Même si chaque accord ressemble à une explosion !

Couplet 3
Le duo devient sublime,
Malgré quelques victimes :
Deux chandeliers, trois cadres
Et la moitié d'un marbre…

Refrain

Enfin la pianiste est arrivée chez nous !
Le roi n'attend plus, il rayonne partout !
À la flûte il souffle, au piano l'on répond,
Même si chaque accord ressemble à une explosion !

Couplet 4
À la fin du concert,
Dans un tonnerre d'éclairs,
Le piano rend son âme,
Sous les vivats du programme !

Pont parlé
« Sire, le piano est mort ! »
Et le roi répondrait :
« Qu'importe ! La pianiste est arrivée ! »

Refrain final
Enfin la pianiste est arrivée ce soir !
Le royaume entier retrouve son espoir !
La flûte soupire et le piano ne répond,
Même sans lui nous poursuivrons la chanson !

Enfin la pianiste est arrivée chez nous,
Que dansent les sujets, les souris et lé hiboux !
Et dans tout le Royaume l'on raconte aujourd'hui :
« Rien n'est plus fort qu'un duo... surtout après tant d'ennuis ! »

 

⚜️ ©royaumedemanehouarnie (2026)





mardi 14 juillet 2026

14 juillet 1902 : quand la chaleur fit vaciller la revue militaire de Longchamp

   

Image générée par IA


14 juillet 1902 : quand la canicule fit vaciller la revue militaire de Longchamp

Les cérémonies du 14 juillet 1902 restèrent longtemps gravées dans les mémoires, non seulement pour leur éclat militaire, mais surtout en raison d'une chaleur accablante qui transforma la traditionnelle revue de Longchamp en véritable épreuve d'endurance.

Dès les premières heures de l'après-midi, le thermomètre grimpe sous un soleil de plomb. Les soldats, contraints de demeurer longtemps en armes sur l'immense plaine de Longchamp, sont les premiers touchés. Les malaises se multiplient rapidement. Les ambulances militaires, bientôt débordées, doivent être secondées par les ambulances civiles.

Parmi les victimes de cette chaleur torride figurent des centaines de militaires, mais également des agents de police, des spectateurs et plusieurs officiers supérieurs. Le gouverneur militaire de Paris, le général Faure-Biguet, est victime d'un sérieux malaise et doit quitter précipitamment le terrain de la revue pour recevoir des soins. Le général Percin est lui aussi frappé d'insolation.

Les journaux rapportent qu'environ deux cents cas d'insolation sont recensés entre Longchamp et le Bois de Boulogne. Certains quotidiens évoquent même près de 676 personnes secourues au cours de cette journée exceptionnelle tant à la revue qu’à Paris.

Le drame atteint son paroxysme avec le décès du sergent Demange, de la 1re compagnie des sapeurs-pompiers de Paris. Malgré les soins prodigués par les médecins militaires et civils, il succombe dans la soirée à une congestion cérébrale provoquée par l'insolation. Sa disparition suscite une vive émotion dans la presse.

Face à une telle succession d'accidents, une question revient aussitôt dans de nombreux journaux : faut-il continuer à organiser la revue militaire de Longchamp le 14 juillet, en pleine chaleur estivale ?

Des voix s'élèvent pour proposer des solutions. Certains souhaitent avancer la revue à 10 ou 11 heures du matin, lorsque la température est encore supportable. D'autres vont plus loin et demandent purement et simplement la suppression de cette manifestation dans sa forme traditionnelle. Le député Gérault-Richard annonce même son intention d'interpeller le ministre de la Guerre afin de réclamer une réforme de l'organisation des futures revues militaires.

La presse souligne également que ces accidents ne constituent pas un fait totalement inédit : les revues de Longchamp avaient déjà connu, les années précédentes, plusieurs épisodes d'insolations, mais jamais avec une telle ampleur. Plusieurs chroniqueurs, habitués à couvrir chaque année cette cérémonie, affirment n'avoir « jamais vu une chaleur aussi accablante »

Si la revue du 14 juillet fut finalement maintenue les années suivantes, l'édition de 1902 demeure l'un des épisodes les plus marquants de son histoire. Elle rappelle qu'avant même que le mot canicule n'entre dans le langage courant, les grandes cérémonies nationales pouvaient déjà être durement confrontées aux extrêmes de la météo.

Plus d'un siècle plus tard, alors que les épisodes de fortes chaleurs se répètent, les coupures de presse de 1902 offrent un témoignage saisissant : les interrogations sur l'horaire, le lieu et les conditions d'organisation des grands rassemblements en période estivale ne datent décidément pas d'aujourd'hui.


Sources : Le Temps, l’Univers, Le Soleil, Le Phare de la Loire, La Petite Gironde et bien d’autres articles de la presse ancienne du 15 juillet 1902.


dimanche 12 juillet 2026

Balahu, le géant du Négus, tambour-major

 

Excelsior, 19 mai 1936


Mort... puis ressuscité par la presse ! En 1936, des dizaines de journaux annoncent l'exécution de Balahu, le gigantesque tambour-major du Négus. Pourtant, quelques mois plus tard, d'autres quotidiens affirment qu'il est bien vivant, simplement emprisonné puis gracié ! Vérité, propagande ou confusion des agences de presse ? Cette étonnante enquête dans les journaux anciens montre combien l'Histoire est parfois moins simple qu'elle n'y paraît.  

L'histoire de Balahu, surnommé le « géant du Négus », est celle d'un homme dont la stature exceptionnelle a marqué la presse internationale des années 1930. Considéré comme l'homme le plus grand d'Abyssinie, sa taille est estimée selon les sources à 2,26 mètres, 2,35 mètres ou encore 7 pieds et 5 pouces.

Un destin lié à l'Empereur Haïlé Sélassié

Le destin de Balahu bascule en octobre 1934. Alors qu'il est traduit devant la Cour suprême d'Addis-Abeba (le « Ghilott ») pour avoir tué un rival par jalousie amoureuse, il attire l'attention de l'empereur Hailé Sélassié. Impressionné par sa taille extraordinaire, le Négus lui accorde sa grâce et paie lui-même le « prix du sang » (estimé à 4 500 francs) à la famille de la victime pour le prendre à son service.

Balahu occupe alors deux fonctions emblématiques à la cour :

  • Porte-parasol impérial : Il est chargé de porter la célèbre ombrelle de velours rouge lors des cérémonies.

  • Tambour-major de la Garde impériale. Sa silhouette impressionnante, ouvrant les défilés avec une canne maniée avec habileté, devient une figure populaire d'Addis-Abeba.

La fin tragique (ou contestée) de 1936

Lors de l'invasion de l'Éthiopie par l'Italie, la majorité des journaux de mai 1936 rapportent que Balahu a été exécuté par les autorités italiennes le 17 ou 18 mai 1936. Les motifs officiels de sa condamnation par un tribunal militaire sont l'espionnage et le brigandage.

Cependant, les sources présentent des versions divergentes ou complémentaires sur cette fin :

  • Une jalousie de stature : Le journal L'Aube rapporte une rumeur (qu'il qualifie de fantaisiste) selon laquelle le roi d'Italie aurait demandé son exécution, ne supportant pas l'idée d'apparaître minuscule aux côtés d'un sujet deux fois plus grand que lui lors de ses futurs défilés.

  • Des démentis tardifs : De manière surprenante, les articles du Petit Journal (14 septembre 1936), du Figaro (26 décembre 1936), de Bayard (7 mars 1937), de l’Écho d’Alger (6 novembre 1937), affirment que Balahu (Bakoum) n'a pas été exécuté. Selon ces sources, il serait en prison en attente de jugement pour des crimes de droit commun (tentative de meurtre sur des domestiques d'une citoyenne française et vol) commis durant les troubles précédant l'entrée des Italiens dans la capitale. Prisonnier exemplaire remis en liberté, il se porterait à merveille et se promènerait dans les rue d’Addis-Abéba...

Quoi qu'il en soit, le destin de Balahu (Bakoum) illustre parfaitement comment un homme hors du commun peut devenir, malgré lui, un personnage de légende dont la presse façonne la vie et la mort au gré de l'actualité politique. 📜

 

Coupures de presse sur Geneanet


samedi 11 juillet 2026

La Cantate des Cités-Jardins

 


 

🏡🎶 Retour en 1923 avec une jolie page de l'histoire de Suresnes !

Je vous invite à découvrir "La Cantate des Cités-Jardins", composée par Georges Lauweryns sur un poème de Magaglyo 📜

À travers cette œuvre, la Cité-Jardin de Suresnes est célébrée comme un véritable havre de paix, où les maisons fleuries, les jardins, les enfants et la vie de famille incarnent un idéal de bonheur et d'harmonie.

Près d'un siècle plus tard, cette partition nous replonge dans l'esprit visionnaire qui a fait la renommée de la Cité-Jardin des Hauts-de-Seine, aujourd'hui encore admirée pour son patrimoine exceptionnel.

🎼 Une promenade musicale entre poésie, histoire et mémoire... Bonne écoute !


 
Bibliothèque nationale de France, département Musique, FOL-VM7-18076 © BnF



 
 
 

 Chanson revisitée (2026)
 
 

vendredi 10 juillet 2026

Le chef d’orchestre qui perd patience 

 


🎼🎭 Quand la répétition vire à l'opéra... bouffe ! 😅

Silence dans l'orchestre ? Pas vraiment...

Entre le basson rêveur, le trombone qui invente de nouvelles notes, le musicien plongé dans son journal, les éternuements au mauvais moment et les applaudissements pour le premier violon... notre pauvre chef d'orchestre voit son sang-froid s'évaporer à la vitesse d'un trille !

Inspirée des savoureuses anecdotes de la presse ancienne, cette chanson humoristique rend hommage, avec beaucoup de tendresse, à ces répétitions où la musique se transforme parfois en véritable comédie. Toute ressemblance avec un chef d'harmonie, de fanfare ou d'orchestre encore en activité serait naturellement... purement fortuite ! 😉🎺

🎶 Installez-vous au premier rang... et surtout, ne lisez pas le journal pendant la répétition ! 📖🎼🤣

 

Illustration presse 1965

Le chef d’orchestre qui perd patience 

Couplet 1
Le hautbois bâille en lisant la gazette,
Le chef frémit, sa moustache tempête.
Les violons jouent chacun leur saison,
L'alto s'obstine... dans une autre maison !

Refrain
Maestro ! Maestro ! Gardez donc votre sang-froid !
Le basson rêve, le cor aboie...
Le trombone glisse d'un demi-ton,
Et le timbalier... compte encore les ronds !
Maestro ! Maestro ! Ne cassez pas le bâton !
Même le vieux Lully, là-haut, demande pardon !

Couplet 2
Un spectateur éternue au balcon,
Le chef sursaute, suspend le canon.
Le basson rêve, le cor est distrait,
Le pauvre triangle arrive... après !

Refrain
Maestro ! Maestro ! Gardez donc votre sang-froid !
Le basson rêve, le cor aboie...
Le trombone glisse d'un demi-ton,
Et le timbalier... compte encore les ronds !
Maestro ! Maestro ! Ne cassez pas le bâton !
Même le vieux Lully, là-haut, demande pardon !

Pont parlé
« Trompettes ! Plus doucement !...
Clarinettes ! Pas si vite !...
Qui joue en si bémol ?...
Qui lit le journal ?...
Et... Qui applaudi le premier violon ?! »
"C'était pour l'encourager, Maître !"
Et là... 

Refrain final
Maestro ! Maestro ! Gardez donc votre sang-froid !
Le basson rêve, le cor aboie...
Le trombone glisse d'un demi-ton,
Et le timbalier... compte encore les ronds !
Maestro ! Maestro ! Ne cassez pas le bâton !
Même le vieux Lully, là-haut, demande pardon !

©dboissy (2026)

 


 

mardi 7 juillet 2026

Une musique pour les sapeurs-pompiers de Paris ?

 


Une musique pour les sapeurs-pompiers de Paris ? 

Un vieux rêve devenu réalité

Aujourd'hui, la Musique de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris fait partie des formations militaires les plus prestigieuses de France. Pourtant, sa création ne s'est pas imposée d'un seul coup. Pendant plus de quarante ans, journaux, élus et responsables administratifs se sont interrogés : les sapeurs-pompiers de Paris devaient-ils, eux aussi, posséder leur propre musique régimentaire ?

Les premières revendications apparaissent dès le XIXᵉ siècle. En 1869, la presse évoque déjà la possibilité d'incorporer au régiment la musique de la Gendarmerie impériale, récemment dissoute. Les commentateurs estiment qu'un corps d'élite comme celui des sapeurs-pompiers mérite naturellement une formation musicale digne de son prestige. 

La Patrie, 14 oct. 1869

Quelques années plus tard, en 1886, des voix réclament officiellement la création d'une musique. Le compositeur Vallée adresse même une pétition au Conseil municipal de Paris. L'idée est toutefois fraîchement accueillie par certains journalistes qui jugent préférable de consacrer les crédits au matériel de lutte contre l'incendie plutôt qu'à l'achat d'instruments de musique.

En 1890, le débat rebondit. Plusieurs chroniqueurs prennent cette fois la défense du projet. Ils rappellent que les pompiers sont des soldats, participent aux cérémonies officielles et aux grandes revues militaires, tout en regrettant qu'ils soient les seuls à ne pas disposer d'une musique. Certains imaginent déjà les concerts populaires que pourraient offrir les pompiers dans les jardins publics ou les quartiers de la capitale, renforçant encore leur immense popularité auprès des Parisiens.

Puis le dossier semble s'endormir... jusqu'à l'automne 1923.

La Presse, 8 nov. 1923 

Le préfet de Police remet alors le projet sur la table. Les journaux s'en amusent parfois, imaginant des pompiers arrivant au feu au son des trompettes ou jouant une marche funèbre après les incendies les plus dramatiques. Mais derrière ces traits d'humour se cache un véritable débat. Les défenseurs du projet soulignent qu'une musique régimentaire renforcerait le prestige du régiment, participerait aux cérémonies officielles et constituerait un remarquable outil de rayonnement.

Le colonel commandant le régiment adopte d'ailleurs une position pleine de bon sens. Amateur de musique, il reconnaît volontiers son intérêt, tout en rappelant que les besoins prioritaires restent le personnel et les moyens opérationnels. Il conclut avec élégance que, si la Ville de Paris souhaitait offrir ce "cadeau" au régiment, celui-ci l'accepterait avec plaisir.

Malgré cet enthousiasme, la réponse tombe rapidement : pour des raisons budgétaires, le projet est ajourné, comme l'annonce la presse quelques jours plus tard. 

Le Petit Parisien, 10 nov. 1923

Pourtant, cette idée ne disparaît pas. En réalité, les sapeurs-pompiers possèdent depuis longtemps une tradition musicale. Dès le décret du 27 avril 1850, les tambours sont remplacés par des clairons dans chaque compagnie. Au fil des réorganisations de 1856, 1866, 1929 puis 1937, les effectifs de clairons, de tambours et les fonctions de chef de fanfare sont progressivement renforcés. Ces musiciens assurent les sonneries réglementaires, accompagnent les cérémonies militaires et, durant la Première Guerre mondiale, parcourent même les rues de Paris pour donner l'alerte lors des bombardements aériens. 

Le véritable tournant intervient pendant la Seconde Guerre mondiale. À partir de 1943, de nouveaux instrumentistes rejoignent les clairons et les tambours, permettant la naissance d'une véritable fanfare régimentaire. Celle-ci participe notamment aux cérémonies de la Libération de Paris. 

En 1950, elle devient officiellement la Musique du Régiment de sapeurs-pompiers de Paris, avant de prendre, en 1967, le nom de Musique de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, à la suite de la transformation du régiment en brigade. 

Ainsi, les nombreuses coupures de presse de 1869, 1886, 1890 et 1923 témoignent d'un projet longtemps discuté, parfois moqué, souvent repoussé... mais finalement couronné de succès. Elles illustrent parfaitement le temps qu'il a fallu pour transformer une simple idée en une institution musicale aujourd'hui reconnue bien au-delà des rangs des sapeurs-pompiers de Paris.

Sources : La Patrie 14 octobre 1869, La France Militaire 30 juin 1886, La Petite République Française 31 mai 1890, La Presse 8 novembre 1923, Le Matin 8 novembre 1923, Le Petit Bleu de Paris 9 novembre 1923, Le Petit Parisien 9 novembre 1923, Allo 18 avril 1966, Revue Amicale Ouest-Seine n° 8 décembre 2003.

 

samedi 4 juillet 2026

La Grande Guerre aux Mouches !

 

Journal de Montélimar, 9 août 1902

 

🐝 🚨 ALERTE ! LA GUERRE AUX MOUCHES EST DÉCLARÉE ! 🚨

L'été 1913 ne plaisantait pas avec les diptères ! 😄 Entre les arrêtés du préfet de police, les affiches officielles, les conseils d'hygiène... et le légendaire Mouchivore, les mouches étaient devenues l'ennemi public numéro un !

De cette étonnante campagne sortie tout droit de la presse ancienne est née une chanson complètement déjantée, où les moucherons s'invitent dans les narines, les éternuements deviennent des armes de défense nationale, et le Mouchivor est promu héros de la République des cuisines ! 🤧🪰

🎵 Montez le son... et prenez garde : si vous entendez un petit Bzzz..., il est peut-être déjà trop tard ! 😄

 

🪰 La Grande Guerre aux Mouches !

Couplet 1

Le préfet cria : « C'est la bataille !
Fini les diptères en pagaille !
Fermez les portes, les volets,
Les mouches sont des brigands ailés ! »

On cache le beurre et les cerises,
Le sucre aussi, les gourmandises,
Car ces bandites au gros derrière
Organisent leur ministère !

Refrain

🎵
À bas les mouches !
Les pique-assiettes !
Les acrobates à six gambettes !

Bzzz ! Bzzz !
Quel vacarme !
À chaque repas,
C'est l'alarme !

Vive le Mouchivor,
Le héros du décor !
Qu'il tourne jour et nuit,
Et qu'il nous débarrasse enfin
De tout ce qui bourdonne ici !
🎵


Couplet 2

Le pire n'est pas la grosse mouche,
Qui tourne autour de notre bouche.
Le vrai fléau, c'est le moucheron,
Petit voyou sans éducation !

Il voit une narine ouverte,
Il s'y précipite en alerte.
Et l'on éternue aussitôt...

ATCHOUM !!

« Expulsion par décret préfectoral ! »


Refrain

À bas les mouches !
À bas leurs neveux !
Les moucherons beaucoup trop curieux !

Bzzz ! Bzzz !
Quel scandale !
Ils visitent même
Le conduit nasal !

Vive le Mouchivor,
Le champion du ressort !
Qu'il les aspire gaiement,
En leur souhaitant poliment
Un très court déménagement !


Couplet 3

Les journaux criaient : « Guerre ouverte ! »
Chaque affiche était une alerte.
Le conseil d'hygiène avait juré
De voir le ciel enfin nettoyé.

Huile de schiste et goudronnage,
Pièges savants, grand nettoyage...
Les mouches riaient dans les cuisines :

« Vous n'aurez jamais nos cousines ! »


Pont parlé

« Avis officiel !

Tout citoyen surpris à nourrir une mouche sera condamné à écouter trois heures de bourdonnements sans interruption.

Vive l'hygiène !
Vive le Mouchivor !
Et que chacun protège... ses narines ! »


Dernier refrain

À bas les mouches !
Les escadrilles !
Les voltigeuses des confitures !

Bzzz ! Bzzz !
Terminé !
Le Mouchivor
Est assermenté !

Que le préfet
Signe ses arrêtés !
Que les enfants
Brandissent leurs tapettes !

Mais si la Société
Protectrice des Mouches
Vient protester demain...

Nous leur offrirons...
Une excellente place...

À l'intérieur...
Du Mouchivor !!

Final

Bzzz...
Bzz...
Bz...

CLAC !

Silence...

 ©dboissy (2026)

 


 

Le Régiment, 29 juil. 1915

 

vendredi 3 juillet 2026

Les policiers municipaux défileront-ils sur les Champs-Élysées ?

 


La participation des policiers municipaux au défilé national du 14 juillet demeure un sujet d'actualité. Si aucune décision n'a encore été prise pour 2026, une réponse récente du Gouvernement laisse entrevoir une possibilité qui aurait été difficile à imaginer il y a encore quelques années.

Il faut rappeler qu'un précédent historique existe déjà. Le 14 juillet 2021, une délégation de la police municipale de Nice avait défilé sur les Champs-Élysées. Cette présence exceptionnelle avait été décidée en hommage à l'engagement remarquable des policiers municipaux niçois, durement éprouvés lors des attentats ayant frappé la ville. Pour la première fois dans l'histoire de la Ve République, des policiers municipaux prenaient ainsi part au défilé militaire et républicain.

À la suite d'une question écrite déposée à l'Assemblée nationale en vue du défilé du 14 juillet 2026, le Gouvernement a indiqué qu'il n'était pas défavorable, par principe, à la participation d'une délégation de policiers municipaux, ainsi que de gardes champêtres. Cette réponse constitue un signal particulièrement encourageant pour ces forces territoriales qui assurent chaque jour une mission essentielle de proximité auprès de la population.

Toutefois, plusieurs difficultés restent à résoudre. Comment représenter équitablement les milliers de services de police municipale répartis sur le territoire ? Quels critères retenir pour sélectionner les collectivités participantes ? Comment organiser le commandement, l'encadrement et les semaines de préparation indispensables à un défilé de cette ampleur ? Autant de questions qui expliquent qu'aucune décision n'ait encore été arrêtée.

Au-delà de ces contraintes, cette prise de position officielle marque une évolution notable. Elle témoigne d'une reconnaissance croissante du rôle des policiers municipaux et des gardes champêtres dans la sécurité quotidienne des Français. Peut-être assisterons-nous, dans un avenir proche, à une nouvelle page de l'histoire de ces deux institutions, avec la présence régulière de leurs représentants sur la plus célèbre avenue de France.

Liens :

- Question Assemblée Nationale

La Gazette des Communes