vendredi 19 septembre 2025

Clair de Lune - Alexandre Parrat

 


CLAIR DE LUNE

La lune, blonde et pâle, éclaire l’ombre grise. 
Les amoureux s’en vont sous les cieux étoilés. 
Heureux du pur bonheur dont leur être est troublé 
Dans le ravissement qui le berce et le grise. 

L’obscurité les livre à sa tiède caresse. 
Son souffle imperceptible ensemble les confond. 
Et comme leur amour est immense et profond, 
Tout trahit la langueur de leur muette ivresse. 

Tout succombe au pouvoir d’un grand silence ami, 
Et le recueillement de la nuit solennelle 
En dépliant au ciel la voile de son aile. 
Fait resplendir la paix sur le monde endormi. 

Alexandre PARRAT

Source BnF Gallica : l'Émulation française 1er mars 1929

 


 

lundi 15 septembre 2025

Mon clocher natal - Joseph Serres

 


MON CLOCHER NATAL

Pâtre aux yeux vigilants, vaillante sentinelle, 
Veillant la nuit, le jour, un étrange troupeau ; 
Sachant le réveiller sans cor et sans pipeau 
Mais jouant sous l’azur divin ta ritournelle ; 

Phare au fanal éteint, ayant garde éternelle 
D’une mer où les bois sont des nefs au repos ; 
Tour où le carillon égrène à tout propos 
Quelque chanson plaintive, ou gaie ou solennelle. 

J’évoque loin de toi ton dôme gracieux 
Dont le sommet se tend comme un doigt vers les cieux, 
Et tes cloches fêtant quelque réjouissance. 

O mon clocher natal ! O toi qui dévoilas 
Aux anges qui passaient, en plein ciel, ma naissance, 
A l’heure de la mort, sonneras-tu mon glas ? 

Joseph SERRES (octobre 1929)

Source BnF Gallica : l'Émulation française 1er mai 1929

 


 

samedi 13 septembre 2025

L'Origine de la harpe - Joséphine Pascaud-Régnier

 


 

Traduction d’après Th. Moore.

 

L'ORIGINE DE LA HARPE

 

Sais-tu que cette harpe, éveillée à ma voix, 
Sirène, sur les flots, venait chanter parfois; 
Que triste elle espérait, lorsque le soir arrive, 
Voir celui qu’elle aimait, errer près de la rive ? 

Mais elle aimait en vain; les larmes de ses yeux 
Pendant toute la nuit mouillaient ses blonds cheveux. 
Le ciel enfin s’émut de sa douleur profonde. 
En harpe il transformait la sirène de l’onde. 

Sur ses lèvres errait son sourire charmant — 
Son cœur battait encore — et gracieusement 
Sa chevelure d’or sur ses bras épandue, 
En ces cordes bientôt se trouvait confondue. 

Cette harpe, dit-on, mêlait depuis ce jour, 
Aux chants de la douleur, le langage d’amour. 
C’est par toi qu’elle apprit à parler de tendresse 
Quand je suis avec toi — quand je pars, de tristesse.

 

Joséphine PASCAUD-RÉGNIER

Source BnF Gallica : L'Émulation française 1er mai 1928 

 




vendredi 12 septembre 2025

Harmonies - Poésie chantée

 


HARMONIES 

Poète ou musicien, les mêmes harmonies
Ont soulevé notre âme à l’assaut de l’azur,
Dans le rayonnement d’un idéal très pur,
Du rêve nous montons les gammes infinies.

O musique divine ! Ariette ou litanie,
Comme tu sais nous prendre et sous ton charme sûr
Nous garder longuement, aux instants les plus durs,
Triste, ou tendre, ou légère.

O Toi, voluptueuse !
Créatrice du songe et fée du souvenir,
laisse longtemps flotter au gré des rêveries
Sur les grands coeurs souffrants ta lente griserie.

"Petite âme paisible et grise"

Source BnF Gallica : Les Dimanches de la femme 11 aout 1929

 


 

lundi 8 septembre 2025

Sérénade - Marius Besson



SÉRÉNADE 

L’âme d’un violon à la lune s’effeuille 
Près de l’étang frileux comme un lilas qu'on cueille 

Et l’air, oint des senteurs vives de l’oranger, 
Jase tel un frelon envolé du verger. 

Il semble que l’Amour triomphant dans la trêve 
Au bord de ta fenêtre ait fixé quelque rêve, 

O Nymphe qui souris et gazouilles en mi 
Les déclarations de ton petit Ami. 

La nuit douce, la nuit accueillante est pareille 
A ton cœur juvénile où l’extase appareille. 

Nymphe l’ombre est divine aux souvenirs frôleurs 
Avec l’astre des lucioles sur les fleurs... 

Mais écoute : la grille a grincé, la sandale 
De l’éphèbe attendu tressaille sur la dalle. 

Pique dans tes cheveux des roses à loisir 
Pour fêter son cœur lourd d’harmonieux désir ! 

Et puis à la nuit fraîche, odorante, opportune, 
Laisse, laisse monter ta joie au clair de lune ! 

Marius BESSON

Source BnF Gallica : l'Émulation française 1er janvier 1928 

 


 

mercredi 3 septembre 2025

Au Bois de Boulogne - Émile Toscano



AU BOIS DE BOULOGNE

Sur le lac de cristal, ce miroir du feuillage, 
Un frêle esquif va, vient, laissant un long sillage 
Et les cygnes nombreux au plumage d’argent 
L’escortent de leurs cris tout en se rengorgeant... 
Près du lac, des enfants à la mine superbe 
S’amusant bruyamment à la course, au rondeau ; 
D’autres capricieux s'en vont rouler dans l’herbe 
Ou dessinent par terre en usant le râteau. 

Caressé par la brise au parfum de verdure. 
Le vieux poète songe, en ce site enchanteur, 
Au destin cruel car : « Ici bas rien ne dure » 
L’amour rêvé se tue en le frappant au cœur. 

Émile TOSCANO

Source BnF Gallica : L'Émulation française 1er mars 1929