mardi 14 juillet 2026

14 juillet 1902 : quand la chaleur fit vaciller la revue militaire de Longchamp

   



14 juillet 1902 : quand la canicule fit vaciller la revue militaire de Longchamp

Les cérémonies du 14 juillet 1902 restèrent longtemps gravées dans les mémoires, non seulement pour leur éclat militaire, mais surtout en raison d'une chaleur accablante qui transforma la traditionnelle revue de Longchamp en véritable épreuve d'endurance.

Dès les premières heures de l'après-midi, le thermomètre grimpe sous un soleil de plomb. Les soldats, contraints de demeurer longtemps en armes sur l'immense plaine de Longchamp, sont les premiers touchés. Les malaises se multiplient rapidement. Les ambulances militaires, bientôt débordées, doivent être secondées par les ambulances civiles.

Parmi les victimes de cette chaleur torride figurent des centaines de militaires, mais également des agents de police, des spectateurs et plusieurs officiers supérieurs. Le gouverneur militaire de Paris, le général Faure-Biguet, est victime d'un sérieux malaise et doit quitter précipitamment le terrain de la revue pour recevoir des soins. Le général Percin est lui aussi frappé d'insolation.

Les journaux rapportent qu'environ deux cents cas d'insolation sont recensés entre Longchamp et le Bois de Boulogne. Certains quotidiens évoquent même près de 676 personnes secourues au cours de cette journée exceptionnelle tant à la revue qu’à Paris.

Le drame atteint son paroxysme avec le décès du sergent Demange, de la 1re compagnie des sapeurs-pompiers de Paris. Malgré les soins prodigués par les médecins militaires et civils, il succombe dans la soirée à une congestion cérébrale provoquée par l'insolation. Sa disparition suscite une vive émotion dans la presse.

Face à une telle succession d'accidents, une question revient aussitôt dans de nombreux journaux : faut-il continuer à organiser la revue militaire de Longchamp le 14 juillet, en pleine chaleur estivale ?

Des voix s'élèvent pour proposer des solutions. Certains souhaitent avancer la revue à 10 ou 11 heures du matin, lorsque la température est encore supportable. D'autres vont plus loin et demandent purement et simplement la suppression de cette manifestation dans sa forme traditionnelle. Le député Gérault-Richard annonce même son intention d'interpeller le ministre de la Guerre afin de réclamer une réforme de l'organisation des futures revues militaires.

La presse souligne également que ces accidents ne constituent pas un fait totalement inédit : les revues de Longchamp avaient déjà connu, les années précédentes, plusieurs épisodes d'insolations, mais jamais avec une telle ampleur. Plusieurs chroniqueurs, habitués à couvrir chaque année cette cérémonie, affirment n'avoir « jamais vu une chaleur aussi accablante »

Si la revue du 14 juillet fut finalement maintenue les années suivantes, l'édition de 1902 demeure l'un des épisodes les plus marquants de son histoire. Elle rappelle qu'avant même que le mot canicule n'entre dans le langage courant, les grandes cérémonies nationales pouvaient déjà être durement confrontées aux extrêmes de la météo.

Plus d'un siècle plus tard, alors que les épisodes de fortes chaleurs se répètent, les coupures de presse de 1902 offrent un témoignage saisissant : les interrogations sur l'horaire, le lieu et les conditions d'organisation des grands rassemblements en période estivale ne datent décidément pas d'aujourd'hui.


Sources : Le Temps, l’Univers, Le Soleil, Le Phare de la Loire, La Petite Gironde et bien d’autres articles de la presse ancienne du 15 juillet 1902.


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