Une tradition oubliée des années 1950
Dans la France des années 1940 et 1950, il n’était pas rare de voir des agents de police – notamment les policiers de circulation – recevoir des étrennes de la part de la population. Cette pratique, aujourd’hui disparue, s’inscrivait dans une tradition ancienne et socialement admise.
Les étrennes, héritées des strenae de l’Antiquité romaine, consistaient à offrir un présent en début d’année aux personnes assurant un service utile à la collectivité : facteurs, éboueurs, gardes champêtres… et policiers. À une époque où l’agent de circulation régulait seul le trafic, souvent au milieu des carrefours, par tous les temps, il incarnait une figure familière et visible de l’ordre public.
Les cadeaux offerts prenaient des formes variées : bouteilles de vin ou d’alcool, produits régionaux, denrées alimentaires, parfois de petits objets. Ces présents étaient généralement déposés au pied du socle sur lequel se tenait l’agent, comme le montre certaines photographies d’époque. Ils n’étaient pas destinés à une consommation immédiate, mais récupérés en fin de service ou rapportés au poste.
Dans le contexte de l’après-guerre, marqué par des salaires modestes et des conditions de travail exigeantes, ces gestes représentaient avant tout une marque de reconnaissance et de respect. Ils n’étaient pas perçus comme de la corruption, mais comme un témoignage de gratitude envers un agent connu du quartier.
À partir des années 1960, avec la professionnalisation croissante des forces de l’ordre et le renforcement des règles déontologiques, ces pratiques furent progressivement encadrées puis interdites. La neutralité et l’impartialité de l’agent public devinrent des principes fondamentaux, incompatibles avec l’acceptation de cadeaux.
Aujourd’hui, ces images et témoignages rappellent un rapport de proximité entre la police et la population, caractéristique d’une France populaire et locale désormais révolue. Elles constituent un précieux fragment de mémoire sociale et professionnelle.
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| Étrennes en 1949 |
Au milieu d’la
rue, gant blanc levé,
L’agent fait danser la ville
arrêtée.
Sans feu tricolore, sans grand discours,
C’est
lui qui règle la vie du carrefour.
Et pour
la nouvelle année, sans façon,
On lui pose un p’tit
flacon.
Un verre de vin, une eau-de-vie,
Pour dire merci,
tout simplement, pardi !
Ni pot-de-vin, ni faveur,
Juste
des étrennes et du bon cœur.
Une autre
époque, un autre décor,
Où l’ordre public avait l’accent
d’or.
©dboissy


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