mercredi 29 juillet 2026

Quand les chefs d'orchestre voyaient rouge...

 

Colèrissimo

  

🎼 Il paraît que la musique adoucit les mœurs... mais certains chefs d'orchestre semblent ne jamais avoir lu cette maxime !

Au fil de mes recherches dans la presse ancienne, j'ai découvert une galerie de colères aussi spectaculaires que savoureuses. Ici, un musicien lit tranquillement son journal pendant la répétition et se fait reconduire vers la sortie. Plus loin, un basson rêveur oublie son entrée, un trombone s'obstine à jouer faux, tandis qu'un simple éternuement ou un spectateur coiffé d'un chapeau un peu trop voyant suffit à déclencher une tempête digne d'un opéra ! Une remontrance à un musicien suffit même à provoquer une bagarre.

Les chroniqueurs de l'époque ne se privaient pas d'en rire. Ils décrivaient ces maestros métamorphosés dès qu'ils saisissaient leur baguette, lançant des regards de foudre, frappant le pupitre avec une énergie redoutable et interrompant la répétition pour un demi-ton égaré ou une mesure oubliée.

Et pourtant, derrière ces emportements se cachait presque toujours la même passion : celle de servir la musique avec une exigence absolue. Heureusement, les musiciens ne manquaient jamais d'humour et savaient, eux aussi, répondre par quelques réparties bien senties... ou par un magnifique couac au moment le plus solennel !

À la lecture de ces anecdotes, une seule certitude s'impose : si Jean-Baptiste Lully revenait aujourd'hui assister à certaines répétitions, il hésiterait sans doute entre reprendre sa baguette... ou repartir aussitôt dans sa tombe en secouant la tête ! 😄

 

Comoedia, 15 avril 1911
 

Le Gaulois, 30 juillet 1891

Le Gaulois, 30 juillet 1891

Le Gaulois, 30 juillet 1891 


Le Petit Parisien, 23 février 1913

🎼 Comment éviter la grande colère du chef d'orchestre ?

Les répétitions d'orchestre ont parfois des allures de volcan en activité... Un basson distrait, un trombone un peu trop inspiré, un percussionniste qui compte les mesures avec optimisme, un musicien absorbé par son journal... et voilà notre pauvre chef prêt à transformer sa baguette en paratonnerre !

Mais existe-t-il un remède à la terrible « cheforchestrite aiguë » ?

Faut-il distribuer des câlins avant chaque répétition ? Offrir une tisane au maestro ? Installer un « coléromètre » sur le pupitre ? Interdire les fausses notes... ou simplement les applaudissements au premier violon ?

Autant de solutions aussi fantaisistes qu'improbables, inspirées par les savoureuses anecdotes de la presse ancienne et par l'univers irrésistible des opérettes françaises.

Alors, avant que la répétition ne se transforme en bataille rangée, une seule recommandation : gardez le sourire, accordez vos instruments... et ne faites surtout pas lire le journal au bassoniste pendant les répétitions ! 🎭🎺😄



 


 

lundi 27 juillet 2026

Le Flûtiste était gris !

 

Le Ménestrel, 5 janv. 1896


Le Flûtiste était gris !

Chanson humoristique inspirée d'un fait divers 

 

Couplet 1

Dans un grand Music-Hall de Londres,
On donnait concert chaque soir,
Quand soudain, sans vouloir attendre,
Un flûtiste perdit tout espoir.
On lui dit d'un ton plein d'orage :
« Vous avez trop vidé les tonneaux !
Votre souffle sent le breuvage,
Quittez donc aussitôt nos locaux ! »

Refrain

🎵
Le flûtiste était gris,
Mais sa flûte chantait aussi !
Les ornementations, les roulades,
Étaient sans fausse sérénade !
Le chef criait : « Quel déshonneur ! »
Le juge répondit sans peur :
« S'il jouait comme à l'ordinaire,
Pourquoi lui faire cette guerre ? »
🎵

Couplet 2

Le procès fit courir la ville,
On voulait connaître le fin mot.
Le chef, la moustache fébrile,
Se croyait déjà le héros.
Le juge demanda bien vite :
« A-t-il donc manqué son métier ?
Était-il moins bon qu'à l'habitude,
Ou bien seulement... un peu chargé ? »

Refrain

Le flûtiste était gris,
Mais sa flûte chantait aussi !
Pas un couac, pas une plainte,
Pas même une croche éteinte !
Le juge déclara soudain :
« Votre renvoi n'est pas certain.
Quand le talent tient la baguette,
Le vin ne change pas la fête ! »

Pont parlé

« Dites-moi donc, Monsieur le Chef...
Appliqueriez-vous la même règle
Au brave musicien
Qui frappe sur la grosse caisse ? »

🎵

Dernier refrain

Le flûtiste était gris,
Mais la justice lui sourit !
Le chef resta sans répartie,
Le tribunal riait aussi.
Depuis ce fameux jugement,
On se méfie des arguments :
Avant de renvoyer l'artiste...
Écoutez donc jouer le flûtiste !

Final

Et dans tous les orchestres,
On raconte encore aujourd'hui,
Qu'un juge fit plus de musique...
Qu'un chef d'orchestre ébloui !

 

©dboissy (2026) 

 



vendredi 24 juillet 2026

Le chef d'orchestre

 


🎼 Le Chef d'Orchestre 🎼

Qui donc mène la danse avec son bâton levé, ses grands gestes et son regard impérieux ? La presse de 1899 nous en offre un portrait aussi savoureux que malicieux dans ce poème signé Amphitryon.

Tour à tour inspiré, élégant, rêveur, puis soudain autoritaire, le chef d'orchestre y devient un personnage presque légendaire. Avec beaucoup d'humour, l'auteur croque ses manies, son tempérament et ses emportements, tout en rendant hommage à celui qui fait vivre la musique.

J'ai eu le plaisir de mettre ce texte oublié en musique dans un style évoquant les cafés-concerts et les opérettes de la Belle Époque, afin de lui redonner toute la verve qu'il devait avoir lorsqu'il était décliné sur les scènes parisiennes à la fin du XIXᵉ siècle.

🎶 Une amusante plongée dans l'univers musical de 1899, où l'on découvre que les chefs d'orchestre... avaient déjà toute une réputation !

Bonne écoute, et n'hésitez pas à me dire si vous reconnaissez quelques traits de caractère de certains chefs d'hier... ou d'aujourd'hui ! 😉

 

Le Chef d'Orchestre

Avec son bâton dans la main,
Basques au vent, jambes en arche,
Bras levé, vers le bon chemin
Semblant crier : « En avant !... arche ! »
Soufflant par ci, suant par là,
Chevauchant sa chimère, il a
Comme un air de statue équestre,

Le chef d'orchestre !

Il déchaîne indistinctement
Cor anglais, bugle et saxophone,
Guitarise comme un amant
Ou cymbalise comme un faune ;
Il accompagne aussi presto
Le rire de
Rigoletto
Que les fureurs de Clytemnestre,

Le chef d'orchestre !

Candide et doux comme un mouton
- La musique adoucit les âmes -
Et sachant descendre d'un ton
Dans le but de mieux plaire aux dames,
Ainsi vit, toujours écouté,
De Pâques à la Trinité
Et jusqu'à la Saint-Sylvestre,

Le chef d'orchestre !

Cependant un zèle indiscret
Parfois le transforme en despote...
S'il le pouvait, il réduirait
Ses contradicteurs en compote !
Et, pour prouver qu'il a du nerf,
Sous couleur d'imposer Wagner,
À son profit il le séquestre.

Le chef d'orchestre !

Amphitryon

Source : La Lanterne, 7 nov. 1899

 


 

mercredi 22 juillet 2026

Exposition des harmoniums Dumont & Cie

  

Illustration de presse ancienne


UNE EXPOSITION INTÉRESSANTE

Parmi les choses réellement intéressantes que la grande manifestation industrielle et commerciale de 1900 a offertes au public, tout le monde a certainement remarqué la très complète installation de la manufacture d'orgues Dumont et Cie, des Andelys.

Les visiteurs qui s'y pressaient en foule ont pu admirer les divers modèles d'instruments dont l'ensemble constituait la meilleure preuve de l'activité et du progrès incessant de cette ancienne et illustre maison. Fondée en 1855, la grande manufacture d'orgues Dumont et Cie a pris une extension considérable, grâce surtout à la perfection de son outillage et à la modicité de ses prix. Seul un établissement de province, pouvant réduire au minimum ses frais généraux et vendant directement, sans intermédiaire, est à même de réussir à faire bon et pas cher.

Les harmoniums Dumont réunissent la solidité à l'élégance, et s'adaptent merveilleusement à tous les besoins. Ceux destinés aux églises se recommandent par leurs sons harmonieux et puissants. Les ateliers Dumont produisent aussi un nombre considérable d'harmoniums à l'usage spécial des salons. Ces instruments, qui se prêtent merveilleusement à la mélodie, ont sur le piano l'avantage de mieux soutenir la voix et d'offrir une plus grande variété de timbres. On peut, du reste, employer concurremment les deux instruments et l'effet produit est des plus remarquables. La plupart de nos grands casinos ont aujourd'hui dans leurs orchestres des harmoniums Dumont. Leur douceur parfaite, leur cachet artistique ont conquis tous les suffrages.

Il est presque superflu d'en faire l'éloge : disons seulement que nos lecteurs pourront obtenir tous les renseignements complémentaires en demandant le catalogue à la maison Dumont et Cie, aux Andelys (Eure).

Source : extrait d'une coupure de presse ancienne non précisée, 2 décembre 1901 

 

La France, 13 févr. 1899


 

La Semaine illustrée, 19 juin 1898


J'en ai trouvé un ! 🎹

Orgue-médiophone Dumont-Lelièvre de l'église Saint-Savinien-le Jeune à Sens (Yonne)

Photo © dboissy (2001)